Ce matin , le vent souffle moins fort. Les oiseaux chantent l'arrivée de l'automne. Tout va bien si Dieu le veut dira-t-on dans le monde des croyants. Mais, le temps se gâte. La grenouille avait annoncé de la grisaille rien que de la grisaille et de la pluie en fin de matinée. Nous sommes le 23 octobre 2002. Il est 10 heures 45. Je me prête à partir. J'entends un bruit enveloppé par la sonnerie musicale venant du fond de la cuisine. C'est mon portable qui manifeste son amour décalé.
Qui veut celui-là ? Je décroche. Une voix tremblante m'annonce : " vous avez une convocation de la gendarmerie du Raincy ".Quoi, criais-je ? Tu as bien entendu. Une convoc. Le rencart est pour le 23 octobre à 9 heures.
Tête baissée, les yeux fixés sur le calandrier , j'admire le spectacle des oiseaux habitués à venir sur la fénêtre. Puis, je m'interroge. Mon ex ? Aucune raison. Elle se porte comme une tigresse. Alors, qui ? Aucune idée.
Les heures passent sans pour autant me calmer. Pas si loin, la nervosité réclame son dû. Le doute aussi. Jusqu'à 2 heures du matin, je tourne les pousses . La dernière question dont je m'en souvient : qui en veut à Jean Ferdinand ? Du coup, le réveille sonne. Sans celui-ci, , je serai parti pour un long sommeil. J'ouvre les yeux et je pense à ma mère morte le 21 mars 1990 et qui me disait : " réveilles-toi-mon petit bonhomme, l'école n'attend pas ".
Pendant ce temps, le 23 octobre se pointe tout doucement mais sûrement avec ses cortèges de malheur parfois de bonheur aussi pour certains. Moi, c'est le jour sans espoir, des interrogations. Il faut trouver des réponses à chaque question posée.
A la descente du bus qui m'accompagne et dans le mutisme mentale et physique , j'entends au détour d'une porte de la gendarmerie un grand cri " qu'est-ceque c'est ? ". Je m'arrêtte au devant d'un portail. Bienvenüe en enfer disait un jour ma femme quand la cuisinière avait rendu l'âme.
La porte s'ouvre. D'un air impressionnant, le gendarme martèle l'interpellation habituelle : " votre carte d'identité". La bataille de l'alphabet peut commencer. Votre nom, prénoms, date de naissance, nombre d'enfants. Un deuxième gendarme, un enfant de la patrie, entre dans le bureau. Jette un regard accusateur. Et sort un mandat d'arrêt de son ordinateur qui se trouve juste en sous de la grande photo qui annonce la couleur : "engagez-vous jeune homme dans la gendarmerie ". Ah, si j'avais 18 ans !
Pendant que j'étais dans mes pensées, le téléphone sonne,. Le service de détention a besoin d'un numéro. L'imprimante crache le venain. Et d'une voix à peine voilée qui se perd dans le crépitement de l'imprimante, j'entends enfin qu'il s'agit de l'intoxication au monoxyde de carbone du 10 octobre 1998 à Saint Denis. Elle a été jugée par défaut le 19 décembre 2001 à 13 heures salle n°14, du tribunal de Bobigny. Verdict 1 an de prison pour le président de l'association.
Le ton change après la lecture. Le départ de Bobigny pour rencontrer le Procureur de la République se fait dans l'immédiat. "Vous êtes le président de l'Assos " ? Oui. Vous avez le choix me dit l'un de gendarme; " vous faites opposition et vous serez jugé dans les 8 jours ou vous acceptez le verdict avec exécution immédiate de la peine ". La camionnette bleue avec girofares blancs et oranges s'approche et s'éloigne aussitôt. La ballade de Jim peut commencer. A la sortie du virage, un stop. Une française lève la tête et se trouve nez à nez avec l'un de gendarme. La boîte qui sort du coffre de la voiture échappe à sa vigilance. Rien de méchant. Nous continuons notre route.
A l'horizon, la préfecture de Bobigny avec ses bâtiments à la Westerne Union A droite, le tribunal. Une vrai boîte de conserve symbolisant la puissance des femmes et des hommes habillés en noir pour appliquer la loi aux immigrés sans visas venus chercher fortune.
Au sous-sol du tribunal, un comité d'accueil nous attend. Un service qui tourne 24 heures sur 24. Les policiers et les gendarmes travaillent ensemble pour traquer et incarcérer les malfrats. C'est un lieu où toujours les mêmes dossiers souvent et se ferment aussi rapidement. On appelle ça la justice expéditive. Quant à moi, je suis deboutl à côté du mur face aux policiers. Mes deux compagnons de route (les deux gendarmes) peuvent rentrer tranquillement. Mission accomplie.
De nouveau, votre nom, prénoms comme s'il n'a pas le dossier sous les yeux. L'exercice se termine à 13 heures. Une autre équipe des policiers m'invite dans un endroit autre que l'accueil. Là, c'est la fouille au corps. Vous déposez sur la table tout ce que vous avez dans vos poches et chaussures. Tout est minutieusement contrôlé, comptabilisé et enfermé dans un sachet où votre nom y figure. Quelques minutes après, une autre équipe, celle de CRS vous demande de se mettre à poil. Enlevez vos vêtements un par un. Tout nu, jambes écartées, vous montrez vos fesses au CRS qui se trouve à 1 mètre derrière vous. Deux types d'exercices vous obligent à lâcher le morceau. C'est-à-dire, à libérer les fesses. Ceci permet au CRS de voir entre les couilles.
Après ce bal du voyeurisme, direction les cellules qui vous donnent envie de vomir. Entre les bruits infernal des aérations, la puissance incomparable des chasses d'eau des wc, les fuites d'eau, les robinets désossés qui ne justifient plus leur présence, vous êtes dos au mur et vous rêvez un monde sans prison. Chaque quart d'heures le maton passe pour la visite. Seule endroit pour s'asseoir c'est le "tombeau de pharaon" long de 80 centimètres sur 40 de largeur, total 6 m2 de superficie. A trois par cellule, l'un de vous est débout. Et , sur les murs, les signatures des apprentis dans la profession. On peut lire : NTM nique la police, big boss de Saint Denis, Brakage connection 94, west-coast... dans toutes les langues. Ici, le non respect de l'autographe rime avec le désir de marquer son passage dans ce lieu étérnel.
Ce passage obligatoire avant le transfert vous emballe les couilles et vous nique hors de vous pour les personnes sans histoire avant leur interpellation. Entre les cris des tôliers, des détenus qui veulent tout simplement aller aux toilettes après avoir mangé des sandwichs distribués vingt minutes auparavant, le monde de cachot impose sa loi.
Le dernier coup de semonce s'appelle présentation devant le procureur de la République, le juge d'application de peine, le juge d'instruction... là ça vous sert les fesses et le sang gicle dans les veines tendues et vous dites pourquoi moi ? Et pour ceux qui viennent déçu parce qu'ils partent en détention provisoire ou condamnés, manifestement leur colère dès que les matons ouvrent la grille bleue des allées séparant les cellules. Par contre, ceux qui sont acquittés ou en liberté provisoire poussent un ouf de soulagement. Ils dormiront parmi les siens.
Quant à moi, la policière de petite taille qui m'amène chez le substitut, me laisse le premier rôle, celui de mes empreintes sur les fiches des inspecteurs. Maintenant, la porte peut s'ouvrir.
Assis dans son rôle de lucifer, costume bleu marine, cravate assortie et un stylo à la main, le patron me fixe droit dans les yeux. La semonce tombe en une phrase : " je veux vous garder jusqu'au jugement prévu le 31 octobre 2002. C'est-à-dire, dans une semaine. Moi qui n'a jamais été détenu et dans un réflexe de survie, je réponds : j'ai besoin de préparer ma défense. Cela nécessite une liberté provisoire. Il ne faut pas oublier que depuis octobre 1998, je suis surplace sans sortir du territoire. Réponse, si vous avez quelqu'un, il peut aller chercher vos documents. J'ai compris qu'il ne faut pas aller trop loin sinon vous serez accusé de la violence verbale envers le grand commis de l'Etat. Ce monsieur n'est pour rien. La tolérance zéro de l'application de peines voulu par le ministre de l'intérieur Monsieur Sarkozy depuis trois mois y est pour quelque chose. Un signal fort et des exemples comme le dit lui-même.
Dégoûter, mon retour en cellule coïncide avec un nouveau détenu, un Malien de 48 ans. Il s'appelle Moussa. Sa présence en cellule est liée à un chèque volé. Un chèque de licenciement de 7993 euros de son frère du même nom. Encaissé et envoyé au pays comme capital d'un démarrage de commerce. Ce dernier ayant découvert la supercherie, il lui demande de rembourser avant toute discussion. Avec 680 euros par mois, son salaire ne lui permet pas de rembourser cette somme. Alors, un an de prison lui fera du bien.
Le départ pour la prison est prévu vers 22 heures. De nouveau, il faut se mettre à poil avant de monter dans le véhicule cellulaire. Votre nom, prénoms, date de naissance etc. Ecartez les jambes. Baissez les genoux. Ton cul dépouillé, baissez la garde à un mètre du CRS. Alors, tu enfiles vite fait tes affaires.
Nous avons quitté Bobigny en oubliant le mal qu'ils nous ont fait pour affronter une autre épreuve. Celle du monde carceral dur et humain en même temps. L'impossibilité d'apercevoir une silhouette pendant le trajet, rend encore mystérieur le devenir. Les habitués nous dit : " nous sommes à Créteil pour charger de la marchandise humaine ".
Dans ce long voyage au bout de soi, qui nous amène vers le monde des indésirables, la souffrance est double. D'abord, celui de l'encombrement. Etre à 4 sur un petit périmètres prévu au départ pour 2 personnes est difficilement concevable. Etre assis correctement est un exploit. La personne qui a eu l'idée de cet engin étouffant, n'avait pas pensé que les gabarits imposant des jeunes d'aujourd'hui allaient changer la donne. L'exercice comptable qui était de 10 personnes est passé à 20. Nous étions 18 personnes (4 sans papiers, 1 palestinien, 5 africains, 1 asiatique, 6 jeunes et 1 albanais).
Après 20 minutes de route, nous arrivons dans un autre endroit de chargement. Pendant le trajet, un seul incident. Un jeune récidiviste cris sa vengeance à un CRS. Celui-ci, lui répond dans le même langage de banleue. Le ton monte. L'autre jeune assis à côté de moi lui dit : " arrête cousin. Sinon, les CRS s'en prendront à tout le groupe sans exception ". Le jeune n'entend pas de cet oreille. Il continue à apostropher et attaque tous ceux qui veulent lui faire la morale.
Quelques heures plus tard, nous voilà à Fleury-Mérogis. Les mineurs d'abord, dira le flic. Ensuite, nous continuons notre tour des bâtiments en direction des femmes. Les hommes en derniers. C'est dans ce décor cauchemardesque que je craignais en me rendant à la gendarmerie devient enfin réalité en descendant du véhicule à 2 heures 30 du matin. Ce silence de mort, du vent glacial, sans bruit apparent, sa majesté Fleury-Mérogis est maître de sa réputation pionnière en Europe.
Toujours et toujours, un comité d'accueil vous attend. Descendez du véhicule et mettez-vous par trois dans les cellules. Rituel qui vous permet de saisir l'instant de la magie du lieu qui vous entoure et qui vous transforme à la fois.
Encore et encore, votre nom, prenoms..., mettez-vous à poil. Jambes écartées, baissezes genoux... Même punition et même exercice. Histoire de montrer le cul. Vient ensuite, la séance photos et empreintes. Une carte d'identité intérieure vous ait remis. Cette fois-ci y figure votre numéro d'écrou, sexe et catégorie pénale. Vos chaussures en cuir sont confisquées et remplacées par les pantoufles. Histoire de ne pas cogner sur la tête du voisin.
Après cette étape, chaque détenu reçoit un packtage contenant 2 couvertures, 2 draps, 2 serviettes, 1 protège matelas, 1 serviette pour la douche, 1 brosse à dent avec dentrifice, mousse à raser, 6 rasoirs, 1 flacon de 120 ml de l'eau de javel, 1 petit peigne, 2 sachets de champooing, 1 savon, des mouchoirs en papier, papier toilette. Les objets vous appartenant sont en partis restitués sauf ceinture, lacets, argent de poche, téléphone portable... qui vous seront remis à la fin de votre détention. Le montant total de la somme d'argent dont vous disposez est comptabilisé. Celui-ci servira de réserve pour déduction des achats des produits qui serons achetés sur place.
LA VIE A FLEURY-MEROGIS
La nuit est parfois le symbole de la pureté. Elle donne parfois l'illusion de l'impunité. Mais, les liaisons dangereuses finissent toujours par se démasquer. Souvent, on se sent protégé par le ténèbre, loin des regards du jour. L'homme sans scrupule se prend pour un vélin. Il bondit sur sa proie, le devore et rentre chez lui comme si rien ne s'était passé. Il savoure parfois sa victoire et observe d'un oeil discret son spectacle. Moralité : l'histoire fini toujours par le rattraper.
Il y a des nuits inoubliables surtout celles qui vous conduisent derrière les barrots. La justice aime les nuits où les justiciers ont les beaux rôles : la nuit de transfert des zombies.
Longtemps, la justice a choisi les silhouettes pour transférer les renégats qui empoisonnent la tranquillité de la cité. Partout, les ouvertures des portes se font toujours la nuit pour écouter les claquements limpides des charnières rouillés par des allées et retours des véhicules. Ce va et vient ne dérangent guère les anciens qui croupissent dans des cellules. Ils sont depuis dans leur sommeil plein des rêves. Quant à ceux qui arrivent comme dans un vieux film muet, contemplent sans se lasser les bêtons qui encerclent l'ensemble de la prison. Devant vous, la bible de l'établissement vous tend la main. Un local est mis à votre disposition pour trente minutes de la lecture de la notice d'information. Il se termine souvent par la distribution des sandwichs en guise de diplôme.
Dans celle-ci, on peut lire en première page : vous venez d'arriver à la Maison d'Arrêt des Hommes (Femmes ou Mineurs) de Fleury-Mérogis, voici votre adresse. Au verso un sommaire. Le contenu se résume en peu de mots. La discipline générale trouve sa raison d'être car on l'a oublié. Elle vous dit :
- Tout détenu est astreint à observer les règles de discipline et d'hygiène de la vie en communauté et du milieu carcéral ;
- Un certain nombre de sanctions édictées par le Code de Procédure Pénale, peuvent être prises à l'encontre de tout détenu contrevenant ou tapage, toute réunion en groupe bruyant et généralement, tous les actes individuels ou collectif de nature à troubler l'ordre sont interdits. Tous dons, échanges, trafics, tractations, parts et toutes communications clandestines sont interdits entre détenus ;
- Chaque détenu doit porter une tenue décente en permanence et s'exprimer correctement lorsqu'il s'adresse à un membre du personnel de l'établissement ;
- Le chef de l'établissement peut toujours décider que les visites auront lieu dans un parloir avec disposition de séparation, s'il existe des raisons graves de redouter un incident .
Quant à la correspondance, la notice dit que vous pouvez correspondre avec toute personne de votre choix. Il est indispensable d'indiquer vos noms, prénoms, N° d'écrou, N° de cellule et de tripale lorsqu'on vous écrit. Les lettres que vous rédigez doivent être remises ouvertes et timbrées, avec vos coordonnées au dos de l'enveloppe et elles seront fermées par les soins du vaguemestre. Vous pouvez écrire sous pli fermé à certaines administratives et judiciaires (Juges, Travailleurs Sociaux, Avocats...) sans oublier vos coordonnées au dos de l'enveloppe. Vous ne pouvez pas obtenir de communication téléphonique. Par contre, en cas d'urgence vous pouvez envoyer à vos frais, un télégramme sous réserve d'accord préalable de la direction. Les billets de banque sont interdits dans les lettres. Les timbres postes dans la limite de 5 par lettres.
LA CANTINE
Si vous désirez certains produits (papeterie, revues, épiceries, tabac, produits frais, télévision, diététique, pharmacie...) vous avez la possibilité de vous les procurer à condition d'avoir la somme suffisante sur votre pécule disponible. Demandez les bons pour les commandes au surveillant de l'aile. Les articles sont distribués en général la semaine suivante. Pour les articles non disponibles en cantine, écrire à la comptabilité.
PROBLEMES MEDICAUX
Les arrivants sont vus à l'infirmerie dès l'arrivée dans le bâtiment. Chaque étage est vu un jour sur deux. Pour voir le dentiste, le psychiatre, le psychologue, une représentante de l'antenne toxicomanie ou de l'antenne d'alcoologie, adressez un courrier à l'infirmerie.
COURS SCOLAIRES
- Enseignement primaire et premier cycle
- Alphabétisation à la préparation du Brevet des Collèges (BDC,
- Enseignement second cycle du second degré et études supérieures (BAC)
DEUG, BTS) écrire au Proviseur Adjoint
- Enseignement par correspondance.
FORMATION PROFESSIONNELLE
Adressez votre demande au service de la Formation Professionnelle
TRAVAIL - CHANGEMENT DE CELLULE
Ecrire au Chef de Détention de votre bâtiment
SPORT
Ecrire aux Moniteurs de sport du bâtiment, si votre candidature est retenue une aptitude à la pratique du sport sera demandée, auprès du service médical du bâtiment.
BIBLIOTHEQUE
Vous prête 5 livres par semaine. Egalement, la possibilité de faire déposer et retirer des livres brochés à l'occasion des parloirs, dans la limite de 5 par dépôt. Vous avez aussi la possibilité de vous rendre à la bibliothèque en accès direct.
CULTE
La possibilité de rencontrer un Prêtre, un Pasteur, un Imam. Vous pouvez aussi assister aux offices religieux de l'établissement.
LE SERVICE D'INSERTION ET DE PROBATION
Le service d'insertion est composé d'assistantes sociales et de conseillers d'insertion et de probation ayant les mêmes fonctions. Ils sont chargé d'accompagner les personnes incarcérées dans leurs démarches d'ordre social et de maintenir ou d'établir des relations avec l'extérieur (famille, avocats, organismes etc...) notamment dans le cadre de la préparation à la sortie.
LA LIBERTE PROVISOIRE
Jamais dans ma vie, j'ai été confroté à la privatisation de la liberté. Dans mon sommeil aussi, cela se récent. Etre libre comme un oiseau est la seule et mon unique obsession. Dans cette cellule de 12 m2 meublé de deux lits superposés, deux chaises, il y a une petite armoire et un coin toilette. C'est dans ce décor que je regarde et compte les jours qui me séparent du 31 octobre 2002. Chaque jour, la police passe dans les cellules pour tester les barreaux des fenêtres. Histoire de prévenir les évasions.
Au bout de 3 jours, je commence à trouver l'attente moin longue. La joie de regarder les détenus faire du sport me console. Avec quelques uns, nous nous trouvons parfois dans les couloirs de promenades, les douches collectives ou les salles d'attentes. Le plus dur à supporter reste les êtres qui vous sont chers. La famille est quelque chose de sacrée. Elle fait parti de votre existence. Cette absence est pénible. Il y a des nuits où on croit être chez soi. On appelle parfois son fils quant le bruit du voisin se fait entendre. On cri à son bonheur, quand la porte claque. On se sent malheureux quand on se réveille entre les quatre murs peint du jaune.
La délivrance se pointe le matin vers 6 heures. On frappe à la porte. J'attends : " 30 minutes pour vous préparer". Départ pour Bobigny, Créteil, Paris, Villepinte. C'est en ce moment là que je réalise la joie, le bonheur d'être libre. Ce jour là, arrive. Le maton pousse la porte de la cellule et me dit : " le chef vous attend ". Sur le coup, je n'ai rien compris. Mon jugement au tribunal de Bobigny est prévu pour le 31 octobre alors que nous sommes le 30. Ce qui me tracasse c'est d'avoir prévenu la famille pour le 31 à Bobigny.
Peu importe le jour et la date. "Le bonheur est dans le pré". Il faut la saisir. La porte s'ouvre. Je me dirige vers la salle d'attente du bâtiment D. Nous sommes quatre. Le jeune français est dans tout ses états. Tenue de dimanche surmontée d'une casquette à l'américaine. Il chante : "qu'est-ce qu'on attend pour être heureux. Qu'est-ce qu'on attend pour faire la fête ?". D'un seul coup, il s'arrête. Les mains sur la tête. Il fait le signe de la victoire et me dit : "je suis ici depuis 6 mois. J'ai laissé tous mes fringues, télévision, magneto et radio à mon pôte de cellule ".
Ses yeux semblent être déterminés quand il regarde le plafond. " Je ne crois pas revenir ici d'aussitôt.". Moi aussi dit le rasta africain qui roule son tabac. Quelques minutes après, le surveillant nous demande de prendre nos packtage et de les mettre dans le couloir. Arrivée au poste, la porte s'ouvre. Elle donne au sous sol. Là, la police nous attend pour la fouille. Ensuite, les CRS pour le transfert. Tout ceci prend du temps. Il dure parfois plus de 3 heures d'attente.
Malgré les tergiversations, le signal est donné pour Créteil, Bobigny. Dans le véhicule cellulaire des CRS, la joie d'être libre est manifeste sur les visages des huit détenus. Je suis le seul a avoir plus de chance d'être libre après le jugement. Les autres sont là depuis plusieurs moi et pour plusieurs délits.
A Bobigny, il nous a fallu 30 minutes d'attente dans le camion pour voir venir le policier chargé d'ouvrir la portière. Le chemin habituel quand on descend du véhicule est l'accueil. Puis, la corvée habituelle qui reste néanmoins détestable : fouille.
Enfermé depuis 9 heures dans la cellule d'attente de Bobigny, le premier a être jugé vers 13 heures 30 est le Turc. Pour lui, le troisième renouvellement ne lui a pas porté chance. Six mois de nouveau pour un total de dix hui mois. Il pourra alors, être transférer dans sa Belgique natale pour continuer à suivre la procédure. Deux policiers m'accompagnent pour monter les marches qui séparent les cellules des salles d'audiences.
Assis au box des accusés, une introduction brève est fait par madame la présidente. Un renvoie est nécessaire pour la partie civile. Le jugement est fixé le 5 mars 2003 à 13 heures, chambre n°14.
Je suis libéré avec obligation de pointer deux fois par mois, le retour à la cellule d'attente de Bobigny est triomphante. Les co-détenus m'ont applaudis. Le plaisir partagé ressemble au bonheur de chacun de voir l'autre en liberté. Six d'entre-eux sont condamnés à un an de prison chacun et le dernier dans l'attente de confrontation. Le petit Manjack a vu son procès séjourner au 12 février 2003. Malheureusement, il reste en prison pour d'autres délits non jugés.
Malgré la rapidité des sentences, jusqu'à 1 heure du matin, nous sommes toujours à Bobigny dans l'attente d'être transférer à Feury-Mérogis. La nervosité monte. Les matons sollicités chaque quart d'heures par les détenus en mal de liberté, acceptent avec gentillesse d'ouvrir et accompagner ceux-ci aux toilettes.
Vers 3 heures du matin, le véhicule cellulaire est là après avoir fait des navettes. Le chemin de Fleury-Mérogis est grandement ouvert. Encore la fouille avant de monter. Sur place, de nouveau, la fouille au corps. Le chef accepte que je passe la nuit dans ma cellule après déposition. Les gestes et l'attente de voir le jour se lever sont les instants de pur bonheur retrouvé.
La ronde des policiers vers 5 heures du matin, question de vérifier la présence des détenus dans leurs cellules, me tire du lit et me pousse d'aller faire la beauté. L'eau chaude qui nous est servi pour le petit déjeuner, ne semble plus à celle d'auparavant. Le café sent si bon que j'en ai renversé un peu sur mon mouchoir afin de garder un meilleur souvenir de Fleury.
L'heure n'est plus aux attentes, mais 3 heures de plus enlevées au bonheur de retrouver la famille, n'est pas une chose agréable. Bien que le petit véhicule interne nous dépose devant les grilles de la liberté, les vingt autres détenus auront gardé un mauvais souvenir. Celui d'avoir connu la galère une fois dans leur vie.
Ainsi, se termine l'histoire d'un local que j'ai prêté à un ami d'enfance , pour une célébration de fiançaille. Dégat : monoxyde de carbonne.