Dans les démocraties libérales, le Sénat est un corps administratif et judiciaire. Il prend part à l'administration de plusieurs manières suivant les différentes constitutions. Il participe au pouvoir judiciaire, en se pronnonçant sur certains délits politiques, et aussi quelque fois en statuant sur certaines causes civiles.
Au Congo, le Sénat est réduit au silence depuis que le maréchal Mobutu a déclaré : "Je me suis présenté à vous une première fois le 27 novembre 1965. Je croyais que vous alliez tous collaborer avec le régime qui ne vise qu'au bonheur du peuple. Ma désillusion est grande. Certains d'entre vous ont semé la mauvaise graine dans leurs régions respectives. Ils ont dit que vous allez faire annuler les ordonnances que j'avais prises.Tromper le peuple, c'est me tromper... En conséquence, j'ai pris la décision de soustraire aux délibérations des Chambres, les ordonnances-loi que j'ai prises ou que je serai amené à prendre". (1)
En refusant délibérement l'Assemblée nationale 'il s'agit dans la démocratie nouvelle de monocameralisme au niveau national), nous triomphons au Sénat le dogme de la souveraîneté nationale. Nous laisons aux Assemblées communales et provinciales les intérêts et les passions du peuple.
Conseil perpétuel, le Sénat ne peut entraver la bonne marche de l'exécutif, mais ne peut non plus le soutenir inconditionnellement. Il doit s'opposer par sa sagesse, sa vigilance, sa justice et l'amour qu'il inspire pour la patrie, à toutes formes de manifestations tyranniques d'où qu'elles viennent. Pour nous, le Sénat est le foyer dans lequel viennent se réunir les intérêts et les affections. L'oeil de la nation puisqu'il concourt aux choix des fonctionnaires de l'Etat. Ce droit lui donne non seulement des "jumelles" pour jeter un regard dans la sphère du pouvoir exécutif, mais aussi pour interpeller les collaborateurs du Président, les premiers ministres, les fonctionnaires publics accusés par les Assemblées communales, provinciales...
Les traités ainsi conclus par le Président doivent être validés ; ses choix pour être définitifs, ont besoin de recevoir son approbation.
Notre souci est d'éviter la conception bantoue de chef de l'Eta. "Le père de la nation". Ici, nous avons cherché à faire éclater l'héritage devant le respect des institutions modernes, le contrôle et la tolérance. A travers le Sénat, nous dessinoms le Congo "sacré". Un ensemble de données s'exprimant, tour à tour, par la grâce de Dieu. C'est dans ce cadre, si original que se définira la place de notre pays dans le monde de libertés.
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(1) Discours à l'Assemblée nationale, Kinshasa, 4 février 1966