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CHAPITRE III : LE RESPECT DE LA SOUVERAINETE DU PEUPLE

L'ABSENCE DES PARTIS POLITIQUES

Le dogme du passé (partis de gauche, partis de droit) est solidement encré dans certains pays d'Europe. Il suffit d'écouter les responsables politiques pour s'en rendre compte. Les idées révolutionnaires de 1792 sont souvent reprises :

                                                    Il faut raccourcir les géants
                                                    Et rendre les petits plus grands
                                                    Tous à la même hauteur
                                                     Voilà le vrai bonheur

Les Américains n'ont pas suivi les Européens. Le Président Jackson n'avait saisi aucunement l'importance des partis politiques. Les deux patis (Républicain et Démocrate) qui dominent les rares débats politiques en Amérique sont les frères siamois. L'Afrique a fait mieux. Elle a suivi l'Union Soviétique qui en 1917 a inauguré le monopole politique. A-t-elle eu raison ?

Si les Russes ont vu dans le parti unique la réalité de leur révolution pour faire mieux, aujourd'hui, en Chine, il ne fait aucun doute, le pari est gagné. Au bas de l'échelle de puissance au début du siècle, ils ont réussi à être la deuxième puissance mondiale, derrière les Etats-Unis. "Deux formes de systèmes en dehors du traditionnel, deux formes de réussites".

Nul doute, le Congo est capable d'avoir plusieurs partis politiques, mais la démocratie ne se mesure pas par le nombre de partis politiques. Au contraire, là où ils existent, se forme un monopole d'esprit, un cartel de noms. Certains noms disparaissent après un mandat malheureux. D'autres montent au compte-goute ou essaient de faire ou de refaire surface en utilisant l'ouvrage de regret. Cela leur sert de voile pour mieux contempler les adversaires devenus matadores. Ils donnent des leçons. Ce qui leur conduit naturellement à promettre de nouveau le bonheur. Pour eux, il s'agit d'apaiser les prurits épisodiques, de plaire à chacune des catégories socio-professionnelles sans exception au lieu de convaincre pour une ambition nationale. "On ne peut jamais dire à une femme ; je vous aimerai toujours", disait Nietsche. En clair, on peut être maître de ses actes, mais pas de ses sentiments. Les partis politiques font du sentiment le cheval de bataille. Une fois au pouvoir, la réalité exige de l'enterrer.

Chaque homme doit suivre son propre chemin, écrit Boudha. Nous devons avoir à l'esprit, d'ailleurs nous l'avons vécu au Congo de 1960 à 1965 avec 240 partis politiques, que les formations politiques (sauf aux  Etats-Unis) divisent le peuple. Elles freinent le développement ou la modernisation du pays. L'exemple français est révélateur. Il ne se passe guère de jour sans que naisse une association, un club de réflexion ou une structure d'un troisième type. Certains Français ont compris que les partis traditionnels ont pour vocation de prendre le pouvoir, de s'installer dans les meubles et d'attirer  une clientèle. Personne ne nous contredira si nous disons que la politique n'est pas une science exacte et l'objectivité ne fait pas partie de ses principes.

Ne regardons pas le passé politique. On risque de connaître quelques personnalités très éclairées, très savantes, très puissantes par leur intelligence et une multitude très ignorante.. Mais regardons plutôt les techniques nouvelles qui permettent de mieux savoir et qui rendent impensable le maintien des partis politiques traditionnels. Jadis, l'infaillibilité justifiait le choix d'un guide d'opinion. Aujourd'hui, le citoyen refuse de croire aveuglement.

Il existe, au risque de nous répéter, deux types de sociétés dans ce monde où nous vivons. Le premier est celui qui existe à l'Ouest, corrigé par les Etats-Unis (deux partis politiques au lieu de plusieurs), le second, celui de l'URSS et ses satellistes. Dans le premier, les hommes naissent et demeurent égaux en droit et la vie en fait ce qu'en font le mérite, l'aptitude, la volonté et la chance. En revanche, dans le second, c'est la termitière.

Loin d'ignorer les aspects positifs de ces systèmes, la démocratie nouvelle échappe aux deux. Ici, il ne saurait être question de pousser le citoyen congolais à conquérir les sièges, mais d'être le compagnons du devoir. L'exemple des élections en Israël (juillet 1984) et celui de l'Assemblée Corse (août 1984) nous donne raison (1). Il y a aussi le phénomène Raymond Barre en France (un politicien sans parti politique) qui nous rassure dans cette démarche. Le vote devient aujourd'hui synonyme de qualité personnelle et non par affiliation idéologique.

Pour nous, la confrérie fait le Président de la République. Une fois au sommet, les places deviennent la récompense des services rendus, non à la nation, mais à son chef. Ainsi, l'intérêt ou l'ambition du pouvoir se substitue dans les esprits des hommes du parti à l'intérêt général. Quelques uns bon an mal an  gagnent parfois. Mais pour combien de temps ? La conjoncture internationale interdit d'y répondre. D'autres, avec leurs initiatives capricieuses, divisent le pays. Les adversaires politique s'en emparent, dressent le peuple contre le pouvoir. La lutte s'installe. Le désir pour l'opposition de revenir aux affaires est plus ardent. L'amour de la gloire y est aussi de plus en plus développé. On perd son calme. Le langage devient vulgaire,. Les lecteurs en pays démocratiques diront qu'àprès tout, c'est la démocratie. On se sent parfois profondément convaincu de cette réponse.

En Afrique, le danger est grand. Les ethnies qui vinrent, à différentes périodes, occuper le territoire, différaient les unes des autres en beaucoup de point; elles se faisaient la guerre. La colonisation et l'indépendance en n'ont fait des citoyens sans citoyenneté, sans lien de langage qui puisse les unir. Comment voulez- vous gouverner le pays avec un parti unique ou plusieurs ?

Dans le premier cas, il existe une majorité silencieuse grave et souterraine. Dans le second, on trouve des minorités ethniques sans esprit national. Parler de les éduquer sur le plan politique comme certains Présidents le font, est une grave erreur. L'éducation politique est une chose difficile. Aujourd'hui, pas plusqu'hier, l'instruction s'est beaucoup accrue dans les luttes intellectuelles ; l'esprit n'y a pas reçu une culture plus profonde. Mais il n'existe en Afrique aucune haine de classe.

Au Congo, l'exploitation de misères publiques émane des partis. On s'efforce de discerner son intérêt et à voir quels sont les intérêts analogues qui pourraient se grouper avec le sien. Personne ne le dénonce. C'est le temps des intrigues. On s'attache plus facilement aux principes qu'aux conséquences ; aux cas particuliers plutôt qu'aux généralités ; aux hommes plutôt qu'aux idées. Ici, se cache habilement l'intérêt particulier qui joue toujours le plus grand rôle dans les passions politiques. En les refusant nous gagnons en bonheur et nous épagnerons à notre peuple le bouleversement de la société, les agitations, les déchirements et la dépravation.

En guise de conclusion, nous disons que l'Europe a un certain nombre d'intérêts qui lui sont propres et qui n'ont pas de rapport, ou qui n'ont qu'un rapport très indirect avec les nôtres. Il est naturel  qu'elle doive se trouver fréquement engagée dans des querelles ou s'empêtrer dans des systèmes qui sont incopatibles avec notre civilisation. Opter dans les différentes combinaisons qui la divisent et prendre part aux luttes qui en résultent, serait agir imprudemment.

Notre attachement à ce continent pour des raisons historiques ne doit pas nous pousser à le suivre au bout du monde. Pourqoui lier notre destinée à celle d'une portion, quelconque de la terre ? L'Europe a ses ambitions, ses intérêts, voire ses caprices et ses rivalités. Washington écrivait dans une lettre adressée à ses concitoyens : Etendre nos relations commerciales avec les peuples étrangers, et établir aussi peu de liens politiques que possible entre eux et nous, telle doit être la règle de notre politique". Quant à Jefferson :"les Américains ne devaient jamais demander de privilèges aux nations étrangères, afin de n'être pas obligés eux-mêmes d'en accorder".

L'Union me diriez-vous est libre d'engagements antérieurs ; elle profite donc de l'expérience des vieux peuples de l'Europe, sans être obligée, comme eux, de tirer parti du passé et de l'accommoder au présent, ainsi qu'eux, elle n'est pas forcée d'accepter un immense héritage que lui ont légué ses ancètres ; mélange de gloire et de misère, d'amitiés et de haines nationales. Mais dans cette étude de réflexion, nous avons cherché à organiser un peuple démocratique d'une autre manière. Nous sommes opposés à l'existence d'un parti unique tout comme au multipartisme. Le premier gouverne sans contrôle et domine sans obstacles. Le deuxième, une fois arrivé au pouvoir, ne laisse guère à ses rivaux qu'injustice. S'il forme la majorité au corps législatif, celui-ci sous peine de se sanctionner lui-même obéit aveuglement ; elle est à cet effet, l'instrument passif de l'exécutif.

Quant aux différentes institutions, elles subissent la pression de la majorité. Pour nous, l'absence des partis politiques, remplacée par l'accroissement des Comités de Refléxions spécialisés dans chaque domaine de développement, des Associations, des Clubs des projets..., met fin à la tyrannie. L'exécutif a un povoir qui lui est propre, le Sénat le surveille, l'induvidu ne disparaît pas aisément au milieu du flou artistique des ballets politiques.




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(1) En Israël, le peuple a renvoyé lors des élections législatives de juillet 1984, les deux grands partis dos à dos. Ce refus est à l'origine de la formation d'un gouvernement d'union nationale.



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