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CHAPITRE V : LA REFORME CULTURELLE

L'appellation ministère de la culture est courante en régime socialiste ou dans le tiers-monde. Certains y trouvent leur compte en focalisant les activités pour en faire l'instrument d'une propagande d'Etat, d'un parti, d'un désir orienté, balisé et imposé. D'autres pensent  qu'il serait beaucoup plus sage de parler d'"affaires culturelles". Cela signifie, philosophiquement, que l'Etat ne se reconnaît pas une responsabilité globale, dominante en matière de culture, mais qu'il y a des affaires publiques qui ont à voir avec la culture et pour lesquelles l'exclusivité, au monopole et sans limiter à une seule administration cette compétence. '1)

La culture est l'affaire de tous et ne doit s'arrêter à un seul secteur, mais bien au-delà. Elle concerne aussi la politique étrangère, l'éducation, la recherche, le travail et la presse. Le ministère a pour mission comme le définissait André Malraux : rendre accessible les oeuvres capitales de l'humanité..., au plus grand nombre possible de personnes sans patriotisme aucun".

Les Congolais ont la vie artistique dans le sang, mais n'ont pas la possibilité de la comprendre. Or, les disciplines de la sensibilité ne peuvent se développer que dans l'équilibre de la connaissance.  Hier, ils dominaient la chanson africaine, aujourd'hui, faute de réaliser une véritable réforme culturelle au ministère de l'éducation nationale, la relève est médiocre. En a croire Landowski, "les arts plastiques, le théâtre, la musique sont des arts de participation, il faut donc que dans le cadre de l'école, et singulièrement à l'école primaire, chacun puisse vivre, à quelque niveau technique que ce soit, artistiquement". (2) C'est par la multiplication des pôles d'initiative, des foyers vivants de culture que l'Etat sera conduit à jouer son vrai rôle et à respecter ses limites.

En titrant ce chapitre autrement "révolution culturelle", le lecteur avisé ne saurait oublier la révolution chinoise des années 60. Involontairement, il lui reviendra en mémoire ce qu'avait écrit Alain Peyrefitte : "Au cruel, se mêlait le cocasse... Professeurs d'Universités ou de Lycées et Collèges, Hauts fonctionnaires, Membres dirigeants du Parti presque, personne n'était sûr d'être éparngé".

"...Des chasses ont été organisées dans la rue, pour mettre la main sur des garçons aux souliers pointus dont on coupait l'extrémité, non sans couper aussi l'orteil de temps à autre ; ou sur les filles aux longues nattes qu'un coup de ciseaux avait vite fait de trancher... Des enseignes au néon étaient arrachées, comme symboles du capitalisme ; des vitrines de restaurants et de magasins de fleurs, brisées comme repaire de luxe ; des poissons, pourtant rouges, exterminés dans les bassins, car ils détournaient les badauds de la révolution ; des jeux d'échecs fermés, comme délassements bourgeois ; de cafés fermés ; les produits de beautés interdits". (3)

Malgré les morts provenant d'exécution capitales, du "nettoyage", la révolution culturelle en Chine inspira bon nombre des pays africains.

Au Congo, le quotidien "Salongo" titra après la décision du Bureau politique du 27 octobre 1971, "Congo out !" "Zaïre in !". Non seulement, ce journal annonçait le changement de la dénomination du pays, mais un profond bouleversement de la vie politique, économique et culturel du pays. On l'appela "recours à l'authenticité". D'autre part, on décida de changer l'hymne national, le drapeau. L'ordonnance-loi du 14 janvier 1972 demande à tous les citoyens nés de père étranger et de mère zaïroise, de même que les fils naturels de femme zaïroise, de porter obligatoirement le nom de leur mère.

Dès son application, on se rendit compte qu'elle était en contradiction avec les noms étrangers des villes et les monuments coloniaux. On décida alors de détruire toutes les statues ou monuments dédiés à des étrangers et on naturalisa les noms des villes ou régions.

Les réactions de la "Libre Belgique sont : "...Beaucoup de ces prénoms occidentaux n'ont plus raison d'être à partir du moment où la plupart des saints... viennent spectaculairement d'être dévalués". Celles-ci donnèrent l'occasion au maréchal Mobutu de changer les prénoms de tous les Zaïrois.

A l'instar des Chinois, Mobutu supprime dans toutes les écoles les cours de religion pour remplacer par de "cours de formation politique, de civisme et de morale traditionnelle zaïroise". Et lorsqu'il visita pour la première fois la Chine Populaire et la Corée du Nord, les décisions sont prises à son retour : l'obligation de porter "l'abacos", comme les Chinois qui ont adopté le "bleu de chauffe. Toutes réceptions organisées officiellements devront être alimentées par des produits nationaux. Les battement de tam-tam salueront les arrivées des Chefs d'Etat étrangers à Kinshasa en remplacement de la salve.

Comme en Chine, tous les samedis, les Zaïrois sont obligés de participé aux travaux communautaires "Salongo". Il sera interdit à la femme zaïroise de se maquiller, de porter la perruque, bref, de copier l'Occidentale.

Ici, il ne saurait être question de tout cela. La réforme culturelle est axée sur l'avenir et non sur le triomphe de la revanche. De même , il ne s'agira pas de faire une analyse sur l'anthropologie culturelle ou la sociologie de la culture pour éclairer sur le rôle que l'addition des formes, comme la littérature, l'art ou la philosophie, joue dans les sociétés ou ces formes apparaissent. Nous définitions la culture d'un peuple comme étant le sang de son être. Nous n'ignorons pas le bien fondé de la culture des sociétés stratifiées. Bien au contraire, elle nous est utile. Mais, faudrait être capable de la déchiffrer, de la comprendre pour s'en servir. Pour cela, il est nécessaire d'être d'abord soi-même.

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