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CONCLUSION

Nous avons tout au long de ce  projet de société tenu un seul langage de vérité : édifier pour la Nation Congolaise une société nouvelle et un Etat nouveau, qui comporteront, en même temps qu'une philosophie politique et une économie nouvelles, une nouvelle culture.

Certains nous traiteront de rêveur, mais le rêve en soi entretient l'espoir et donne à la vie une certaine coloration. Il devient réalité dès qu'on y croit profondément, l'autorité de lois s'étendent à tous sans exception. Les militaires sont devenus politiciens, hommes d'affaires ; une "nouvelle couche sociale" s'empare des idées et des armes. Elle aura besoin, non seulement d'interpréter le monde de différentes manières, mais de le transformer.

Notre vision du futur se fonde sur notre situation actuelle. Elle a atteint les limites du supportable. Le danger est grand. Il existe surtout dans le refus de certains responsables africains de ne pas tenir compte de la nature fédérale du continent. Seuls les politiciens de Kinshasa l'ont compris. En janvier 1960, à Bruxelles, ils demandaient la reconnaissance du caractère fédéral du Congo. Les Belges imposèrent le maintien des six provinces et un pouvoir central. C'est avec le plan du Président Kennedy que le pays retrouva ses aspirations. Il fut maintenu jusqu'en 1968, date à laquelle le maréchal Mobutu y mit fin. Depuis, le pouvoir trouve sa légitimité grâce aux votes d'une minorité intéressée ou craintive. Il assure sa longévité dans le silence des peuples comme s'il s'agissait pour lui le droit de commandement.

Dans cette étude, le lecteur a pu constater que nous n'avons pas parlé du droit à la santé, à l'éducation, ni des associations, ni de la politique,  le temps et l'espace nous manquaient. Ce droit inaliénable ne saurait faire défaut. Le citoyen a la parole, il participe et propose. Il n'est plus dominé ou laissé pour compte. Il a le droit d'accuser les fonctionnaires zélés que la justice libérée des contraintes du pouvoir, se fera un grand plaisir de les condamner.

Il n'a pas pu non plus, trouver le découpage de la ville en départements. Ce découpage peut se créer dans un souci purement administratif. Il forme donc le premier centre judiciaire. Bien que dirigé par un magistrat nommé par le responsable provinciale, celui-ci n'a qu'un pouvoir limité. Il n'a pas le droit de diriger la conduite des administrateurs communaux. Il n'intervient que dans les choses qui ont rapport au département.

En écrivant ce projet, nous avons songé d'abord au peuple congolais qui mérite d'être mieux traité et à la stabilité des institutions de la République. Ainsi, les rouages des gouvernements peuvent s'arrêter, sans crainte, on y trouvera le remède sans qu'il en coûte une larme ni une goutte de sang au pays.

Nous avons compris aussi que le maréchal Mobutu a fait son temps. L'histoire en tiendra compte. Il a peut-être réussi dans un domaine là où les autres responsables africain ont échoué. Que sa politique économique soit mauvaise, il appartient désormais au passé. Ayons l'habitude de faire table rase. "Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience". (1)

Pour terminer, nous conseillons à ceux qui seront appeler soit par le vote populaire, par autres moyens, de ne pas oublier ceci :

1.- éviter le centralisme dans la mesure où la "solidarité bantoue" n'a pas encore donné naissance à une homogénéité ethnique, linguistique, culturelle ;

2.- spécialiser chaque région sur le plan agricole, éducatif... afin de ne plus disperser les énergies ;

3.- que l'élite congolais n'a toujours pas fait preuve de nationalisme, tant économique que politique ;

4.- éviter le provisoire : tout programme d'industrialisation doit chercher à établir une infrastructure solide tout en cherchant à  à protéger l'autonomie nationale ;

5.- miser sur les ressources humaines : l'éducation doit être la base de la "modernisation" du pays ;

6.- veiller à ce que les fondements de la pyramide scolaire soient solides, sa base étant l'élite issue d'institutions congolaises : l'élite formée au pays est mieux adaptée aux conditions de travail et de vie au pays ;

7.- limiter les emprunts à l'étranger, visant à favoriser le développement des industries et des institutions financières ;

8.- mettre en place une politique d'acquisition et de diffusion de technologie ; trois étapes nécessaires : 1) imitation, 2) adaptation, 3) innovation ;

9.- accepter le système de libre entreprise et de libre marché ;

10.- aller au-devant de la compétition pour ne pas devenir le concurrent de ses concurrents ;

11.- exalter la religion de l'individu, le goût du risque et l'espérance du capital.






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(1) Karl Marx : Contribution à la critique de l'économie politique, Préface

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