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LES MASS MEDIA

"Les media d'un pays reflètent  ses capacités, ses besoins et son régime politique et social". (1)

Aux Etats-Unis, les media sont tout-puissant. Ailleurs, les enjeux importants qu'ils suscitent, ouvrent un grand débat critique sur ses finalités, sur ses pratiques et sur le bon usage qu'il conviendrait d'en faire.

Phénonmène du XX ieme siècle, les media doivent leur développement aux révolutions sociale et scientifique qui "décollèrent" au XIX ième siècle et dont à leur tour, ils ont accéléré le mouvement. Depuis 1945, le progrès et l'expansion ont été remarquable. Aujourd'hui, l'information est la matière première à la fois la plus abondante et la plus précieuse, et l'industrie de la communication est fondamentale.

En pays démocratique (le Congo le fut de 1960 à 1965), la presse vient après les trois pouvoirs : l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Sa victoire sur l'administration Nixon dans l'affaire Watergate le prouve.

Au Congo, elle triompha en 1970 à l'égard de M. N'Singa, ministre de l'intérieur, en révélant : "M. N'Singa, sentant sa disgrâce proche, aurait tiré plusieurs chèques de 100 000 zaïres (1 million FF) sur les fonds de son ministère et aurait corrompu plusieurs personnalités, notamment le Secrétaire général de la J.M.P.R., son Officier d'ordonnance, certains Bourgmestres, les Membres de la police nationale... Or ce même N'Singa alors ministre de la justice, trois ans auparavant avait soumis à Mobutu, une ordonnance, qui fut adoptée, donnant droit à l'Etat de condamner à mort tout Zaïrois s'étant rendu coupable d'un détournement de fonds supérieur à 10 000 zaïres (100 000 FF).

Dans cette affaire, non seulement Mobutu refusa la sentence publique, mais normalisa la presse. "Je n'ai pas du tout apprécié ce qui été écrit dans le journal la Tribune Africaine (Elima) et diffusé dans le monde entier. Je demande à la population de me laisser le temps de m'occuper de cette affaire". (2)

Des exemples comme celui-ci, sont nombreux en Afrique, mais arrêtons la litanie. Il n'entre point dans nos intentions de faire le procès du mobutisme, mais de mettre en garde celui, qui par le changement, cherchera à modeler la presse à son image et la transformer selon ses besoins.

Dans une société comme la nôtre où la communication orale a conservé sa suprématie chaque commune a besoin d'une station de radio et pourquoi pas de quelques heures à la télévision de l'Etat. Cela est d'autant plus nécessaire, dans la mesure où la radio et la télévision servent aussi à intégrer les individus dans les groupes divers, associations, clubs, qui les aident à se définir eux-mêmes, et à se différencier des autres. Elles assurent finalement la participation de tous à la vie communale.

Même si nous plaçons la radio-élévision sous la dépendance (au début tout au moins) financière des gouvernements communaux, les Comités autonommes de radio-télé de chaque commune, jugeront en toute indépendance, la politique de ceux qui ont la responsabilité de gouverner le pays. En aucun moment la présentation des nouvelles accompagnée de commentaire portera préjudice aux intérêts partisans. Le pays n'étant pas envahi par des partis politiques, ni par des syndicats au niveau national. Les hommes appelés à administrer les affaires ne représentent qu'eux mêmes et leurs programmes. Ils n'appartiennent pas à des groupes structurés, dogmatiques et sectaires. Le journalisme objectif y trouvera son compte.

Quant à la presse écrite, secteur très original dont la spécficité se prête mal aux analyses économiques classiques, nous laissons aux privés. Ici, il y a deux besoins contradictoires ; l'un politique, exige la décentralisation ; l'autre économique, exige la concentralisation.

Sur le plan économique, l'industrie de la presse écrite exige pour sa "production" des investissements considérables : immeubles, machines, infrastructures, parc automobile ; elle consomme beaucoup de matières premières (le Congo importe 3/4 de papier, l'encre) et d'énergie. Elle a des circuits de distributions très étendus et très complexes ; elle utilise dans ses différents secteurs une main-d'oeuvre très abondante. Mais le produit qu'elle fabrique et vend n'est qu'une sorte d'emballage. Dans un pays comme le Congo où 85 % de la population sont analphabètes, la presse écrite n'a pas un avenir immédiat. "Salongo" et "Elima" (deux quotidiens de Kinshasa) ne tirent qu'à 8 mille exemplaires (1985) par jour, alors que Kinshasa à l'époque comptait plus ou moins 4 millions d'habitants. (3)

Ici, nous ne voyons pas comment sortir du dilemme imposé par le double marché de la presse écrite. D'un côté le coût élévé et les progrès techniques qui ont tendance à croître sans cesse : toutes les améliorations techniques n'ont pas pour but principal de diminuer le prix de revient (à la différence de la plupart des autres industries), mais d'améliorer la qualité de produit (contenu ou présentation, ou bien d'accélérer ou de simplifier le processus de fabrication). De l'autre côté des exigences tacites de la clientèle, elle entend payer très bon marché les moyens d'information : par habitude, mais aussi par nécessité ; au delà d'un certain prix la vente s'effondrait. (4)

Dans ce contexte, comment trouver des ressources complémentaires à celles de la vente ? En France par exemple, on trouve des ressources ouvertes : celles des aides du C.N.R.S. ou des Universités pour les revues savantes, celles des aides de l'Etat , celles des partis politiques ou groupes de pression pour des publications doctrinales ou  publiques restreint, mais influent.

D'autre part, la publicité intervient pour équilibrer la trésorerie. Mais qui dit publicité, pense à une cible, c'est-à-dire, un groupe de consommateurs potentiels. Le Congo n'en possède point pour cause de niveau de vie assez faible. Dans ce cas, la concentration "contrôlée" reste la seule solution possible.

En ce qui concerne les problèmes constitutionnels, ils ne sont pas négligeables. Comment équilibrer contrôle local et central ? Service local et national ? Adaptabilité et efficacité ?

Il est difficile de dire quel degré d'effort est capable un gouvernement démocratique en temps de crise nationale et internationnale. Sans aucun doute, la loi dans ce domaine ne laissera aucune place à l'arbitraire. L'évolution du Congo passe par la décentralisation de la radio, économiquement acceptable. Elle est mieux adaptée par sa nature avec la civilisation orale. La télévision cablée permet à la population de chaque commune de participer à des degrés divers. Quant à la presse écrite, elle pouvait être l'élément moteur de connaissances, mais reste inaccessible à la grande masse pour cause de son contenu écrit en langue étrangère.

Par delà les sujets traités par les moyens d'information, les individus auront l'occasion d'évasion et de distraction. Et sur le plan éducatif, bien qu'ils se différencient par vocation avec  les instruments de l'éducation, le gain est énorme. Les jeunes y trouveront leurs connaissances.

Quant au cinéma de prise de conscience, la question qu'on serait tenté de se poser avant de la demander s'il existe un cinéma congolais, est de savoir, s'il a bien sa place aujourd'hui parmi les mass media au Congo ?

Nous pensons que le Congo bousculé a ignoré celui qui avant tout transmet idéologie et culture sous forme de divertissement.

On  ne répétera pas assez qu'en dehors de l'Eglise, des Ecoles, le Cinéma de sensibilité montre la voie à suivre. Certains pays l'ont utilisé. Aux Etats-Unis par exemple, l'âge héroïque commença lorsque Thomas Edison eut déposé en 1891 le brevet d'une visionneuse à sous, le kinétoscope. En 1896, la projection sur écran suscita l'enthousiasme des Newyorkais. "Les immigrants absorbaient sans barrière de langage, l'idéologie américaine".

Et lorsqu'en 1902, E.S. Porter crée le véritable cinéma américain, le patriotisme entre dans les moeurs et la morale puritaine de la réussite individuelle par le travail est célebrée. Avec David Ward Griffithe qui élabora la syntaxe du langage cinématographique dans le thème et technique qu'il utilisa dans Birth of a Nation (1915) et dans Intolerance (1916), véritable moment historique, le rêve américain est entré dans la réalité.

Les Chinois n'ont pas fait autrement. Lei Feng est considéré comme un "modèle" de civilisation spirituelle socialiste : un symbole de fraternité, de solidarité et d'entraide, valeurs premières dans une société fondée sur la cohésion collective. En resumé, on trouve dans le cinéma chinois des héros de l'édification du changement, des "modèles" intellectuels plus affinés. Les "Wu Jiang, si mei", c'est-à-dire les "cinq" règles" traditionnelles de la bienséance, de la curiosité, de l'hygiène, de la discipline et de la morale, son présentes.

Les Congolais sont sensibles à l'appel de l'effort. Le cinéma de prise de conscience peut y trouver là un écho favorable. Combien des jeunes congolais des années 60 ne se sentaient pas bien dans la peau des héros du western ? Combien sont-ils répondant aux noms de Tarzan, de John Wayne, de Zorro, de Billy, de Porthos, d'Eddy Constantine, de Steve, de Gary Cooper, de Samson... Combien se battaient pour avoir l'exclusivité ?

Pour nous, le cinéma est une arme redoutable pour le façonnement des mentalités. La démocratie nouvelle, s'en servira pour développer le pays. "Le cinéma industriel écrit Claude-Jean Bertrand, est une fabrique de rêve manipulateur : le film social des années 30 présente le noble patron remettant dans le droit chemin l'ouvrier égaré par les syndicats, le film des années 40 est propagande. Les formules sont toujours des compromis entre les goûts du public et les impératifs de l'endoctrinement. Toutes obéissent à deux règles commerciale et morale, le dénouement heureux et le châtiment des coupables". (5)

 Bien que la sécheresse du cinéma congolais et l'obligation d'être bref, fait négliger ici, une analyse approfondie, l'exaltation de l'effort à accomplir pour sortir le pays de la faillite trouvera son inspiration dans des politiques réussies par les autres.




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(1) Claude-Jean Bertrand : Les mass media aux Etats-Unis, p.7
(2) Déclaration faite le, 27 septembre 1970.
(3) Ce chiffre ne tiens pas compte des journaux destinés au rebut des invendus.
(4) Pierre Albert, Cours de sciences de l'information, polycopié, p.33, Université Paris II, 1979.
(5) C.J. Bertrand, les mas media aux Etats-Unis, p.32





























































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