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LA QUESTION MILITAIRE


Ciséron exprima le principe de la subordination de l'armée au pouvoir civil par ces mots : "Cedant arma togae".

En Europe, la subordination est en fait, un principe d'abstention : il exprime l'idée que l'armée, instrument du pouvoir, ne doit pas avoir de volonté politique propre. Elle est à la fois un instrument de coercition qui peut agir ouvertement par la force, et un corps social capable d'intervenir dans la politique par des moyens légaux à l'instar des autres groupes de pression.

En Afrique, le principe de la subordination perdit toute signification depuis le coup d'Etat militaire des "officiers libres" du général Néguib Mohammed en juillet 1952 dirigé par le colonel Gamal Abdel Nasser, qui renversa  le roi Farouk du royaume Egyptien, et proclama la république en 1953. En 1954, Nasser le remplaça. Ce coup d'Etat donna à un immense prestige auprès des masses populaires. Un modèle à suivre. La RDcongo et l'Afrique n'ont pas échappé à ce virus. Le colonel Mobutu écarta le pouvoir civil en 1965 alors que celui-ci représentait l'Afrique démocratique dans le monde. Son exemple fut suivi à maintes reprises par des jeunes officiers. Aujourd'hui, le Congo court un grave danger. Les coups d'Etat permanents ne laissent aucune place pour les grandes idées, et par cela, pour les éléments qui composent une grande politique.

Dans ce continent, jamais le rôle de l'armée n'avait été complètement méconnu; jamais la notion de ne point prendre le pouvoir par la force n'avait moins préoccupé les esprits ; et c'est alors que ces mêmes principes triomphent en Asie.

Ne nous félicitons pas des messages très encourageants de la part de certains pays après la réussite du coup d'Etat ou la réussite des rébellions. Il y a en effet une sorte de sollicitation corrompue dont l'usage est mal défini. Elle triomphe chez eux, mais empêche le pays d'être authentique. Elle encourage le pouvoir à piétiner les règles : avec elle le pays sombre, mais l'autorité y gagne en fortune. Le pouvoir devient alors un lourd fardeau pour le peuple. Et ce pouvoir s'abaisse les barrières qui emprisonnaient jadis le désespoir, fait revenir la famine qui s'éloignait.

Devant ce pouvoir, les principes politiques, les lois et les institutions humaines semblent choses malléables,  qui peuvent se tourner et se combiner à volonté. Cette conception ignore naturellement les réalités économiques. D'ailleurs, les responsables militaires les ignorent avant le coup d'Etat : les discours à la nation l'attestent. Tous avaient annoncé le beau temps et la limitation de leur pouvoir dans le temps. Tous avaient promis aux peuples le bonheur. C'est pourquoi, ils deviennent cyniques dès les premières difficultés économiques. En RDcongo, le maréchal Mobutu s'en était bien rendu compte, le début de son entreprise ne s'est pas fait au bénéfice de l'Etat, mais plutôt au bénéfice de ceux qui investissent : la zaïrianisation de 1973, aux conséquences catastrophiques, a été prise.

En Afrique, l'armée est tout. Au lieu de mourir pour le peuple, elle prend sa place, fait du commerce, vit sur la population. Le plus inquiétant, c'est le déssèchement de son pouvoir politique. Elle a vieilli depuis. Et lorsqu'on vieillit on double de charme. On refuse à cet effet l'alternance. Il se crée alors des appétits dans les rangs. Ainsi, ce processus entamé, l'armée devient éternelle. Mais si parmi ses membres, certains auront dès qu'ils sont au pouvoir, l'esprit patriotique, de réussite nationale et y voient un avenir prometteur pour le pays, alors l'agonie s'arrête.

Le général de Gaulle affirmait : "Il faut avoir souffert dans sa chair d'une indépendance pour réflechir à ce qu'indépendance veut dire". Or cette vérité biblique semble moins retenir l'attention des militaires Congolais,  Africains et Rebelles. Ils n'ont pas souffert de l'humiliation pendant la colonisation. L'esprit patriotique qu'ils dégagent dès les premiers jours du coup d'Etat n'est que matériel. Un besoin de capter les âmes sensibles. Certains diront que l'armée reste après tout le dernier rempart contre les invensions et contre l'aventure des politiciens. Mais cet état de grâce, à qui, profite-t-il ?

Voyez-vous notre façon d'aborder la question militaire est justifiée par le souci que nous avons d'éliminer le danger permanent. L'Afrique ou la RDcongo est capable de s'autoréformer, mais l'armée avec son indiscipline, ses déviations, empêche toute évolution allant dans le sens d'assainir la situation. Combien sont-ils, les militaires qui vivent sur la population ? Combien de guerre l'armée congolaise a-t-elle gagnée depuis notre indépendance ? Pourquoi faire appel à des armées étrangères, à des mercennaires, alors qu'il existe une armée d'une cinquante de mille hommes ?

Pour conclure, nous pensons que les avantages que l'Afrique retirerait sur le plan financier de l'abolition ou de la formation d'une seule armée africaine comme indique le  projet du président Kadhafi de la Libye,  dans son livre vert de 1976, dans le carde des Etats-unis d'Afrique, est aussi accep-table. L'expérience que mène actuellement le Costa Rica (il a aboli l'armée depuis une trentaine d'années) nous interpelle et nous intéresse. Elle prouve qu'on peut vivre et défendre ses frontières, ses intérêts avec la "bouche" (l'expression africaine). La crainte qui poussent les Africains à se doter d'un arsenal moderne, sont fondées. On ne saurait parler de domination d'un pays africain sur un autre, sur le plan militaire, sans comprendre la réalité de ce continent qui aspire à la paix et au développement.





















































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