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ENSEMBLE CONSTRUISONS LE CONGO

INTRODUCTION

Après que le marechal Mobutu se fut donné cinq ans pour mettre fin à l'instabilité politique, et eut transformé ce mandat en monarchie, les politiciens congolais ont préféré quitté le pays. Peut-on les accuser d'être lâches, les traiter de vendus ? Ou reconnaître en eux des guides, des rédempteurs, des bienfaiteurs ?

Longtemps désavoués par certains parce qu'ils critiquaient sans proposer, aujourd'hui, les opposants du mobutisme, Kabila réfléchissent sur l'avenir du Congo. Les bonnes intentions ne manquent pas. Malheureusement, elles ne s'éloignent guère des structures ayant déjà trop servis (1).

Ont-ils tort d'abandonner le "triomphe de l'être" selon l'avoir et le savoir des experts ? Dans un sens oui, la solution de nos  problèmes se trouve dans le principe dynamique de "rennaissance", et plus précisement dans la foi de nos valeurs. Dans la reconnaissance d'une authentique "conscience" agissante et élargissante.

Le lecteur comprendra en parcourant la biographie que nous avons peu consulter d'ouvrages. D'ailleurs, nous n'avons pas besoin de puisser notre méthode philosophique dans les livres. Nous devons la trouver nous-même. Evidemment, cette volonté délibérée nous conduit à ignorer l'expérience des autres . Mais, elle nous a permis d'éviter un contre-courant d'opinion capable de déranger ce que nous sentons être l'orginalité délicate et sensible de nos intuitions. Elle nous a appris à comprendre ce qu'est l'homme. Ce qu'il fait sur la terre, et vers quoi il va. Pas besoin d'avoir une grande instruction pour comprendre la médiocrité du présent. Elle est agaçante. C'est pour cette raison que le lecteur ne trouvera pas ici les analyses sur la situation actuelle au Congo, mais une longue et intense réflextion sur ce que devrait être le Congo de demain.

Nous n'ignorons pas le danger qui pèse sur l'après Kabila. Chacun a en mémoire les événements de la décolonisation. L'histoire ne se repète pas, mais l'angoisse s'installe ; Kabila n'a pas construit le Congo d'espoir et des projets. Certains n'hésitent pas à parler de la révolution. Ont-ils les moyens de la contenir ? "Toute révolution a plus ou moins pour effet de livrer les hommes à eux-mêmes et d'ouvrir devant l'esprit de chacun d'eux un espace vide et presque sans borne". (2)

D'autres sont favorables à l'introduction progressive des institutions démocratiques. En terme clair : donner aux Congolais des idées et des sentiments succèptibles de les préparer à la liberté et ensuite leur en permettre l'usage. Bien  que cela relève de la sagesse, ont-ils la moindre idée de l'usage de la raison individuelle ou régionale ? Et si l'on ne réussit point avec le temps à fonder l'empire paisible, l'armée saura-t-elle abandonner la gloire militaire qui réside justement dans les coups d'etats ?

L'histoire africaine des indépendances jusqu'à nos jours nous fait comprendre que l'armée n'a jamais gagné son pouvoir par l'esprit, par l'écrit, par l'encre sur le papier. Dans ce contexte, nous aurons la conscience tranquille s'il advenait de parler sérieusement de la question militaire dans notre pays..

Le chapitre sur les libertés fondamentalles que nous aborderons ultérieurement, reconnaît à la Constitution de Luluabourg, une certaine sagesse et lumière. Elle est pour le peuple Congolais, le symbole de leur aspiration. Ici, le lecteur constatera que nous l'avons pas mutilée. Exemple : nous avons donné l'autonomie aux communes, régions ...

Quant aux partis politique, même si certains doivent nous accuser de manquer de perspicacité, de n'avoir pas compris le bien fondé des partis politiques dans le systèmes démocratique, nous estimons être en avance sur notre temps. "Le ras-le-bol qu'expriment en ce moment les peuples des pays politisés, finirait un jour par ébranler l'édifice des privilèges des partis". (3)

Notre souci est d'épargner à notre peuple la division politique, le cartel de noms, la dictature du Comité Central qui impose au peuple son candidat aux élections présidentielles, parce qu'il est l'autorité divisionnaire, même si par avance, on sait qu'il ne possède pas toutes les qualités nécessaires. Pour nous, on ne peut appeller cela un libre choix. Le suffrage universel qui légitime ce genre de combinaison devient, à cet égard, une duperie constitutionnelle. Cette pratique, il faut le dire, n'est pas l'apanache des démocraties libérales. On le trouve partout, sauf aux Etat-Unis où les primaires au niveau des régions ou des département désignent les candidats à la candidature : le libre choix est respecté puisque la base a tranché.

Quant à nos projets sur l'économie nationale, ils n'ignorent pas les points forts, non discutables des pays de l'expérience, mais préfèrent découvrir si possible des éléments négatifs pour se prémunir. C'est pour cette raison que nous nous sommes réservés le droit de demander le concours des spécialistes qui vivent dans les pays industrialisés. Pourquoi ? Tout simplement, parce que nous avons le sentiment  que chacun d'eux  se compare à tous ceux qui l'environnent. Il sent avec orgueil qu'il est supérieur. Il croit avoir de leçons à donner et non à recevoir. L'erreur de la génération de l'indépendance vient justement du fait d'avoir  accepté sans la moindre analyse le tableau parfait. Si, elle avait, au début, recherché la voie originale comme firent jadis les pays de la réussite : Etats-Unis, URSS, Japon de Meji, Chine de Mao, les Congolais auraient échapper comme le grand peuple américain à l'esprit de système, au joug des habitudes, aux maximes des familles, aux opinions de classes et jusqu'à un certain point, aux préjugés des nations. "Le peuple américain n'a pris la tradition que comme renseignement, et les faits présents que comme utile étude pour faire autrement et mieux. Il a cherché par lui-même et en lui seul la raison des choses" (4)

Nous avons terminé en disant que la route est longue. Le sujet est immense. Assurément, il excède nos forces. Le lecteur constatera qu'il comprend la plupart des sentiments et des idées qui font la force d'un Etat naissant dans un monde agité. Un monde où tant d'évidences nouvelles ne peuvent cependant nous faire oublier les questions  demeurées sans réponse et l'homme africain a le sentiment que le monde nouveau n'y répondra pas plus que l'ancien. Pas plus que lui, il ne saura dire ce qu'est l'homme, sa vie et sa mort. Dès lors, et malgré les certitudes  qui lui procurent  une meilleure connaissance du monde, il gardera le sentiment d'un mystère qui ne se laisse pas dissocier de sa vie, tout à la fois, inquiétude et séduction. Un monde que son savoir ne peut totalement définir et qui porte pourtant en lui-même la promesse de la vie la plus haute à laquelle il ne cesse d'aspirer. 


Le lecteur constatera aussi que nous avons essayé de proposer la troisième voie. Il nous rendra du moins, nous le pensons, ce mérite d'avoir dans un pays en voie de développement, porté au premier plan le dogme  de la souveraineté du peuple, même si nous n'avons pas pu atteindre le but que nous nous sommes fixés. Il comprendra aussi que depuis notre indépendance, nous n'avons point reçu la vérité de nos "ennemis", et nos "amis" ne nous l'offrent guère.

Enfin, nous pensons que le débat qu'aurait suscité la publication  de cette étude donnera une clarté de contours. Sous quel angle que l'on se place après la lecture, nos bonnes intentions, nos méthodes, nos utopismes, tout autant que parce qu'ils contient d'imperfection ou de modestie, on se rendra compte que désormais la leçon appartient au passé et que l'Afrique ne saurait aborder dans ce siècle sans un projet affirmant l'expression d'un esprit nouveau.




(1) Programme de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS)
Bruxelles, février 1982
(2) Alexis Tocqueville (De) De la Démocratie en Amérique, p.14
(3) "Il n'y a pas de peuple de gauche et de droite. Il n'y a qu'un peuple". Ce mot de Bernanos scandé par des manifestants français contre la loi Savary, le démontre.
(4) Alain Daniélou "Les quatres sens de la vie", Ed.Buchet-Chastel, Paris 1984  

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