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CHAPITRE PREMIER

LA NOUVELLE PHILOSOPHIQUE POLITIQUE

Lorsqu'en 1960 l'Afrique abandonna sa vocation agricole pour entrer dangereusement dans l'ère idéologique, Réné Dumon écrit, "l'Afrique est mal partie". L'histoirelui lui donna raison.

Personne n'a oublier cette période où au nord du Sahara on cherchait à raccourcir les géants, on s'écartait de l'esprit d'initiative, d'entreprendre et de conquête et où au sud, on supprimait les hommes instruits au nom de l'égalité. On ne cherchait point le bonheur du peuple, mais une certaine fidélité à l'ancienne puissance tout autant qu'aux nouveaux maîtres. Fidélité qui se traduisait par un soutien politique, financier et militaire.

Aujourd'hui, non seulement on a les yeux tourné vers l'horison, mais on y meurt de faim, de maladie, de soif. Le temps a changé. L'Afrique de papa s'écroule. La crise internationale interdit aux pays protecteurs le gaspillage. Comment expliquer aux Africains que cette période où les eurreurs économique ne se ressentaient guère à cause des retombées des pays occidentaux en pleine croissance économique, est révolue ? Que le développement n'est pas une affaire d'aide, mais se gagne par des sacrifices, par le travail, l'effort et la responsabilité ? Comment leur redonner le goût de la chose de la République ? On ne saurait jamais assez répéter qu'être homme c'est sentir ; poser sa pierre c'est contribuer à l'édifice.

Loin de partager l'impression : "l'indépendance a dévoré ses propres enfants, nous pensons qu'en proposant la création des gouvernements provinciaux, communaux nous donnons des cathédrales à construire et sûrement nous aurons des sculpteurs. Notre but : éliminer le point aveugle maintenu depuis 1968 au centre du champs visuel et qui a fini par le déformer. Pour nous, changer les structures qui ont longtemps servi ne peut qu'apporter un esprit et un moral nouveau. Nous sommes convaincus qu'on ne saurait parler de développement sans donner aux provinces, communes tous les pouvoirs nécessaires. La question provinciale et communale est plus que la moitié de la question sociale.


LES GOUVERNEMENTS COMMUNAUX

L'histoire industrielle nous apprend que le grand secret sur lequel le succès des pays développés avait été bâti réside dans l'organisation de la commune avant le comté, le comté avant l'Etat. Et que le gouvernement national n'est qu'une puissance de réserve qu'on peut appeler à la rescousse pour des cas urgents devant lesquels l'initiative privée se trouvait impuissants. Evidence longtemps oubliée en Afrique et au Congo : l'exécutif centralisa en 1968 tous les pouvoirs et ne laissa point aux communes et provinces le soin de mener des expériences sociales désirables.

La démocratie nouvelle veut faire figurer le Congo à l'échelle naturelle à laquelle on mesure le mérite des hommes. Elle a plus de chance d'y parvenir dans la mesure où les distinctions de naissance et de métier ou de richesse ne créent pas entre les enfants du peuple des barrières permanentes et infranchissables. Elle cherche avant tout à constituer la commune son cadre moderne. Ensuite, viendront se grouper et s'attacher tout autour de l'individualité communale, des intérêts, des passions, des devoirs et des droits.

Dans la création de deux gouvernements communaux et provinciaux nous ne sommes pas trompés. Nous définissons le premier par l'habituel et indéfini, qui répond aux besoins journaliers des communaux. Le deuxième, exceptionnel et circonscrit, ne s'applique qu'à certains intérêts généraux. En terme clair : ce sont des multitudes des gouvernements communaux indépendants, dont l'ensemble forme le grand corps de l'union nationale.

Ici, le rôle du législateur pour la liberté communale est déterminant. Si les textes ne sont pas suffisament clairs et que la liberté communale n'est pas entrée dans les moeurs, il est facile de la détruire. C'est pourtant dans la commune que réside la force des peuples libres. Les Congolais compétents devraient s'y intéresser car le travail est passionnant, instructif et attachant. Ils doivent garder à l'esprit que le symbole futur du Congo est dans une vie communale réelle, active et dynamique. "Sans institutions communales une nation peut se donner un gouvernement (national) libre, mais elle n'a pas l'esprit de la liberté". (1)

La commune est un  atout. C'est pourquoi, tout citoyen qui serait appelé à la diriger doit avoir au moins deux choses : 
une majorité communale en sa faveur aux élections et le souci de développer l'information telle que : radio-télévision communale, presse écrite, bulletin afin que les habitants de la commune puissent connaître toute l'étendue de leurs droits et de leurs devoirs. Tout programme du législateur doit comporter :

1.- la commune maîtresse de son administration, des ses finances et de sa sécurité ;

2.- la commune propriétaire des immeubles, des terrains, des écoles, des maisons de jeunes, des foyers... concurrement avec le privé ;

3.- la possession du domaine agricole et industriel communal (ce domaine agricole peut se situer à plusieurs centaines de kilomètres de la commune). Son exploitation par la commune au profit de la commune afin de former des agriculteurs, des ouvriers qualifiés ;

4.- l'institution d'un service communal de vente, d'approvisionnement et d'alimentation ;

5.- la mise en valeur sanitaire de la commune et de ses habitations. Le logement salubre et à bon marché, limitation légale des prix des loyers ;

6.- le budget communal pour assurer aux enfants, une cantine scolaire, pour la fourniture gratuite de livres et de matériel scolaires etc... ;

7.- la caisse de secours et d'assurances aux nécessiteux, aux entreprises, aux petits commerçants, aux artisants ;

8.- le cours du soir, cours et conférences d'enseignement complémentaire et de l'enseignement primaire. Cours et conférences populaires supérieurs. Jeux publics. Musées. Bibliothèques et salles de réunions publiques ;

9.- la construction de bâtiments administratifs modernes au centre de la commune et ses annexes ;

10.- la sagesse et la prudence dans la gestion des finances communales.

Dans l'ensemble, le législateur dans sa plénitude devrait oeuvrer pour la transformation sociale allant dans le sens du bien-être de la population. Les Communaux doivent bénéficier d'une infrastructure complète, solide, à tous les échelons.


LE POUVOIR COMMUNAL

La commune évolutive dont nous avons déjà parlé, peut se donner des institutions et des cadres compétents, mais si elle n'a aucun pouvoir de décision, son effort est nul. C'est pourquoi, il faudrait définir les relations entre l'Etat et les communes. Ceci est d'autant plus primordial que,  pour tout ce qui n'a rapport qu'aux communes doivent rester des corps indépendants. L'Etat ne peut intervenir en aucun cas dans la direction des intérêts communaux. En revanche, elles sont soumises à l'Etat, seulement quant il s'agit  d'un intérêt social, c'est-à-dire qu'elles partagent avec d'autres. Exemple : la construction  d'une route nationale, l'orga-nisation d'un système éducatif national...

Bien que les communes restent ouvertes aux obligations de l'Etat, celles-ci doivent être étroites. L'indépendance communale veut qu'elles prêtent à l'Etat ses fonctionnaires pour les obligations demandées et assument le fonctionnement. Exemple : l'Etat demande la construction d'une école, la commune la bâtit, la finance en partie et la dirige.

D'autre part, les pouvoirs communaux qui s'étendent à l'établissement du budget, au prélévement d'impôt, au permis de construire, et, ne peuvent souffrir d'aucune opposition d'une autorité administrative quelconque de l'Etat. Les communes ont le pouvoir de diriger librement leurs affaires. En aucun cas une commune forte jalouse de son indépendance ne serait amenée à défier l'autorité de l'Etat. En revanche, la dictature de l'Etat crée des administrés, mais point de citoyens. "Salongo" (bénévola) des années 1970 démontre l'enthousiasme des Communaux. Ils nettoyaient les rues durant des heures sous  la chaleur et soleil accablant. Même la fraîcheur de l'hiver africain ne leur empêchait de rendre à la commune son aspect de fête. "Il faut être présent pour voir ces hommes, ces femmes et enfants chanter tous en choeur la gloire du travail communal".

La vie communale se faisait en quelque sorte sentir à chaque instant ; elle se manifestait chaque week end par l'accomplissement de cette tâche demandée par le maréchal Mobutu après sa première visite officielle en Chine populaire. On appelait cela l'esprit "Yukong". Cet esprit a imprimé à chaque commune un mouvement continuel, mais en même temps paisible, qui l'agite sans la troubler. L'espoir aveugle soulevé dans les communes fut à la mesure des déceptions très vite ressenties. L'expérience s'arrêta dès qu'on s'aperçut qu'elle ne débouchait sur rien de concret. C'est alors que les communes retrouvèrent leurs positions jamais abandonnées depuis la centralisation de février 1968.

Pour nous, qu'une commune soit riche ou pauvre, n'est pas un critère en soi. L'inégalité communale existe depuis la colonisation, personne ne s'en était plaint. Elle n'a donné lieu à aucune suprématie communale. C'est pourquoi nous ne tenons pas compte de ce détail. Chaque commune a sa spécificité. Il existe à Kinshasa comme ailleurs, des communes qui à elles seules, occupent presque 20 % des affaires. C'est à l'Etat de faire intervenir la solidarité en cas de nécessité.

L'avantage de ce système réside dans l'intéressement du citoyen. Il s'y intéresse, parce qu'il concourt à la diriger ; il l'aime, parce qu'il n'a pas à s'y plaindre de son sort ; il place en elle son ambition et son avenir ; il se mêle à chacun des incidents de la vie communale ; dans cette sphère restreinte qui est à sa portée, il essaie de gouverner la société ; il s'habitue aux formes sans lesquelles la liberté ne procède que par révolution, se pénètre de leur esprit, prend goût à l'ordre, comprend l'harmonie des pouvoirs, et rassemble enfin des idées et pratiques sur la nature de ses devoirs ainsi que sur l'étendue de ses droits. (2)

L'amour de la patrie, dirions-nous qui est une espèce de culte auquel les hommes s'attachent par les pratiques, commence au niveau de la commune. Nous ne devons pas perdre de vue cette logique simple et concrète. Notre but dans ce paragraphe n'a pas été de faire un cours de droit administratif, ni de critiquer l'état actuel des choses dans les communes congolaises depuis que chacune d'elles s'est installée dans les maisons désaffectées appartenant jadis aux Congolais de Brazzaville expulsés en 1965 et d'autres dans les bâtiments laissés par des colons Belges. Nous sommes seulement en droit de dire que l'administration publique ne se trouve pas dans la commune. Le désordre y règne ; la loi n'a pas tracé avec soin autour de chaque responsable un cercle d'action, ne permet pas de présager un avenir prometteur et cela malgré l'attachement des Congolais à leurs communes : pour la majorité, ceux-ci y sont nés, ils ne trouvent pas en son sein un environnement idéal pour leur épanouissement.

En outre, ils ne voient pas dans celles-ci une corporation libre et forte. Nous sommes certains qu'avec l'indépendance communale, ils trouveront l'occassion de s'en occuper. L'esprit communal animera chaque citoyen et choisira parmi les habitants, tous les administrateurs. Dans ce contexte, la commune devient le foyer dans lequel viennent se réunir les intérêts et les affections des hommes.






(1) Alexis Tocqueville (De), p.59
(2) idem p.67

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