En donnant plus de pouvoir aux gouvernements communaux, il est tout à fait légitime de le contrôler, d'en limiter les abus, d'éviter que cela tourne en licence surtout quand on sait par expérience que les Africains jouissent des biens du pays comme des usufruitiers, sans esprit de propriété et sans idées d'amélioration quelconque. Ce stade atteint, il faut modifier les lois et les moeurs.
Bien qu'on ne puisse y parvenir du jour au lendemain, en demandant aux habitants de la commune de s'intéresser davantage aux destinés du pays, on avance à grand pas. Mais pour que les habitants s'attachent à chacun des intérêts du pays comme à leurs propres intérêts, pour qu'ils se glorifient de la gloire de la nation, dans les succès qu'elle obtient, il faudrait qu'ils participent là où chacun d'eux croit reconnaître son propre ouvrage. C'est pourquoi, il est souhaitable d'instituer les Assemblées communales qui n'auront pas pour rôle de donner un appui aux gouvernements communaux, mais d'exprimer les intérêts et les passions des habitants. En plusieurs commissions, ces Assemblées sauront donner satisfaction à l'électorat, mais auront aussi pour mission de compléter les lois des provinces et celles de la République.
Le lecteur constatera qu'il existe dans notre esprit, une volonté farouche de ne point accepter de nouveau le centralisme autoritaire. Si nous en sommes arrivés là, c'est-à-dire, au mini-assemblées, bien meilleures que l'Assemblée nationale éloignée, bavarde et tatillonne, c'est par déchantement à l'égard du passé proche. Passé où tout bascula dans un centralisme corrompu. Assemblées et gouvernements provinciaux furent supprimés alors que, jusque là, le pouvoir était réparti entre un grand nombre d'entités : provinces, districts, territoires, communes dont chacune jouissait d'une très grande autonomie. Depuis cette date, les Congolais sont devenus indifférents à leur pays. Les changements décidés par le haut leur échappent ; ils ne savent même pas ce qui s'est passé ; ils s'en doutent.
A l'heure où le dernier espoir tournait autour de la parole du maréchal Mobutu de juillet 1977 déclarant : "Au cours de la prochaine campagne électorale pour l'élection présidentielle de novembre 1984, Antoine Gizenga et Cléophas Kamitatu (deux leaders de l'opposition), pourront aller où bon leur semble et tenir des discours électoraux dans tout le pays", (Mobutu candidat unique du parti a obtenu 99,90 %), nous opposons le système de responsabilité individuelle. Ce système ne dépend pas forcément des lois, ni des croyances qui en ce moment s'éteignent, mais des décisions d'intéresser les hommes et les femmes, afin de réveiller et de diriger l'instinct vague de la patrie qui existe chez eux. Il est temps de le lier aux pensées, aux passions, aux habitudes de chaque jour. Ainsi nous aurons un sentiment réflechi et durable.
L'espoir que nous fondons sur les institutions communales est immense. Il est, nous en sommes sûrs et certains, chez tous ceux qui croient à la victoire de notre cause sur les experts. Les experts qui nous encadrent, nous guident et nous ont mêmes appris à réflechir comme eux, à se soumettre aux lois de la science et à obéir aux ordres du plus fort. Depuis, nous sommes rangés, mais le résultat qui se lit dans les yeux débridés des enfants africains, des parents à bout de souffle, montre qu'ils s'étaient trompés. La démocratie nouvelle est consciente. C'est pourquoi, elle commence d'abord par injecter au pays un sang nouveau. Sa volonté est de faire sentir partout, au fin fond de la brousse, la patrie. Un objet de valeur, de sollicitude. Elle sait qu'une démocratie sans institutions communales ne possède aucune garantie contre la poussée sauvage de notre temps. Elle a commencé d'abord par s'interroger : Comment faire supporter la liberté dans les grandes choses à une multitude qui n'a pas appris à s'en servir dans les petites ? Comment résister à la tyrannie dans un pays où chaque individu est faible, et où les individus ne sont unis par aucun intérêt commun ?
Il est vrai que l'opposition congolaise divisée manque , non seulement de perspicacité, d'analyse, mais aussi de conception nouvelle pour un Congo nouveau. Parmi elle, certains soutiennent le centralisme et pensent que le pouvoir gouvernemental administre mieux les localités qu'elles ne pourraient s'administrer elles-mêmes. Bien sûr, seulement, à la seule condition que ce gouvernement soit éclairé et les localités incapables. L'expérience nous montre le contraire. Il y a lieu de dire que les communes sont actives et que le gouvernement est irresponsable.
Ils ne doivent non plus oublier que le pays a vécu deux expériences : l'une démocratique (1960-1965), l'autre dictatoriale (1965 à nos jours). Nous ne pensons pas que les Congolais et les Congolaises accepteront dans un contexte nouveau une autre forme de dictature, alors que la crise actuelle leur apprend à vivre en dehors de l'Etat. Nous sommes en revanche persuadés que les Assemblées communales élues ne se cantonneront pas dans des pouvoirs limités. Elles n'auront pas un rôle purement consultatif. D'ailleurs, il faudrait beaucoup de naïveté pour s'en étonner : l'histoire des sociétés politiques enseigne que c'est par le biais de l'arme budgétaire que les Assemblées parlementaires se sont imposées face à l'éxecutif.
Au Congo, non seulement les Assemblées communales ne pourront contraindre les gouvernements communaux à la démission, ne pourront non plus accepter les lois qui ont un caractère uniforme sans diversité des lieux et des moeurs ; mais auront en dehors des prérogatives, la possibilité de :
1.- approuver le choix fait par le chef du gouvernement communal en ce qui concerne ses ministres après le grand oral ;
2.- se réunir en une Assemblée provinciale deux fois par an pour débattre des problèmes ayant trait à la province ;
3.- se réunir en une Assemblée provinciale le moment venu avec les parlementaires provinciaux, les sénateurs, les représentants des asso- ciations, comités de réflextion, centres de recherches existant dans la province pour désigner après le grand oral, les ministres du gouvernement provincial.
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(1) Au nombre d'une soixantaie, plus ou moins selon les communes, les députés communaux sont élus sur des listes ayant chacune plus de dix candidats, au suffrage universel. Le mandat fixé à quatre ans, est renouvelable pour moitié après deux ans, afin de maintenir au sein des législateurs un noyau d'hommes déjà habitués aux affaires, et capables d'exercer une influence utile sur les nouveaux venus.