Après que le maréchal Mobutu eut décidé en 1968 de ramener le nombre des provinces à huit (6 à l'indépendance, 22 en 1963), l'ordonnance-loi de 1970 fixe les nouvelles conditions de nomination des gouverneurs et commissaires provinciaux en République du Congo. Elles sont :
- Etre de nationalité congolaise, jouir des droits civiques ;
- Etre âgé de vingt cinq ans au moins ;
- Etre physiquement et mentalement apte ;
- Avoir fait au moins quatre ans d'études post-primaires ;
- Etre de bonne vie et moeurs et détenteur d'un extrait de casier judicaire vierge.
D'autre part, le président de la République peut , soit de sa propre initiative, soit à la demande de l'intéressé, mettre fin par anticipation, aux fonctions d'un gouverneur de provinces ou d'un commissaire du peuple (député) provincial.
Le ministre de l'intérieur peut, par arrêté motivé, suspendre un gouverneur de province, un commissaire provincial, pour avoir compromie la dignité de ses fonctions ou avoir manqué aux devoirs de sa charge. Désormais, seul les gouverneurs des provinces sont habilités à communiquer les pourcentages des élections présidentielles et ceux-ci resteront indiscutables.
Le lecteur constatera avec nous l'ambiguité de cette ordonnace-loi qui ne confère guère de la puissance et de la gloire à ceux qui dirigent les provinces. Bien au contraire, elle paralyse l'administration provinciale. Partant de là, il est difficile pour un gouverneur de réaliser une action de salut public, puisqu'il a, à peine, le temps d'ouvrir les volumuneux dossiers de sa province. Il en est de même pour son successeur qui sait déjà par avance qu'il n'aura pas le temps d'une carrière.
Au-delà, l'ordonnance-loi interdit la compétence, le civisme, le patriotisme, elle introduit la volonté de se mettre à l'abri financièrement pour nourrir la famille. L'enthousiasme, l'appel à l'effort de tous, disparaît dans le chantage au poste. L'ordonnance-loi fait des gouverneurs les inconditionnels du régime, les complices d'un ordre désuet. Personne ne voit comment les responsabiliser. Même la constitution ne parle pas un langage absolu.
Il est temps de changer de cap. De faire une pause. Ce dirigisme à la carte nuit au bonheur du pays. "La République est un contrat", disait Pierre Mendès-France. La démocratie nouvelle propose que chaque province soit dirigée par un premier ministre élu par les provinciaux au suffrage universel. Son mandat est fixé à quatre ans et ne peut souffrir d'aucune décision. Par contre ses ministres seront désignés, après le grand oral.
Le rôle des premiers ministres provinciaux est d'harmonser la province, de la diriger, de construire et de partager le bonheur et la richesse avec les provinciaux. De se porter garant des emprunts communaux... mais ne peuvent dicter la loi aux gouvernements communaux. Ils n'entrent point dans l'administration communale, mais y prennent part indirectement par la nomination de chef de département, les premiers magistrats communaux. Ils sont d'office chef de la police provinciale.