Avant que M. N'Singa, ancien ministre de l'intérieur du gouvernement Mobutu, décide le 14 mai 1968 qu'aucun secteur de travail ne peut désormais débrayer sans autorisation préalable du secrétaire général de l'Union Nationale des Travailleurs Congolais, unique syndicat reconnu, le Congo comptait plus de quatre syndicats nationaux. Depuis, il rejoignit la majorité des pays africains.
Tous pensent pour qu'il y ait société, et , à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble. Sur ce plan, l'histoire leur donna raison. L'Afrique ne connaît pas les effets pervers du syndicat-parti.
Il est vrai que certains européens se font d'eux-mêmes de leurs rapports avec la politique. En France, le syndicalisme fonctionne comme une "courrois de transmission" entre le parti et les travailleurs. "Ecole primaire du communisme ; le syndicat remplit d'autant mieux ses tâches spécifiques sur le tas qu'il est soumis au "rôle dirigeant du parti"
Cette double face est propre à la tradition du syndicalisme révolutionnaire, qu'on trouve dans les pays latins et qui fait du syndicat-parti le concurrent direct des partis politiques. L'action sociale n'est qu'une modalité, une composante du champ plus vaste et englobant qu'est le champ politique".. Aujourd'hui, on n'hésite plus à accuser certains leaders syndicaux d'aller en "guerre" contre la société" (1)
Si l'Afrique ne se plaint pas de ce côté là, les acquis syndicaux sont nuls. Même si nous ne parlons pas de la bataille de l'emploi, des salaires, les conditions de travail sont déplorables. L'ouvrier est épuisé avant même de prendre son poste : le trajet, le manque de nourriture, le sommeil entrecoupé faute d'un logement convenable, la chaleur tropicale, les horaires non adaptés...
Certains accusent les Africains d'être paresseux. D'autres s'interrogent : Comment obtenir de l'homme africain qui continue à vivre dans le cadre d'une tradition sociale, culturelle et religieuse, dans un monde, économique limité au village ou à la tribu, monde dans lequel les valeurs économiques, qu'il prenne conscience de sa solidarité avec d'autres ethnies et de son intégration à un ensemble national, qu'il acquièrre des réflexes économiques différents sur le plan mécanique et technique qui sont souvent en contradiction avec sa conception de la vie ?
Il est vrai que l'Afrique doit franchir cette étape. Pour cela, elle a besoin d'un syndicalisme conscient, responsable et apolitique. Le contraire d'un syndicat national qui agit par ambition, par solidarité ouvrière, alors que les problèmes sont différents d'une entreprise à l'autre.
Nous sommes ni pour le pluralisme syndical, ni pour le syndicat unique, ni pour le darwinisme social (doctrine qui veut dire que la lutte est la base des rapports sociaux ; les forts triomphent, les faibles disparaissent ; la richesse récompense le vainqueur), mais refusons de faire intervenir le gouvernement communal dans les affaires. Pour nous, la liberté économique suppose que les pouvoirs publics protègent l'ordre et restenr passifs à l'égard du mouvement des affaires.
Le syndicat-maison que nous préconisons, n'agit que pour soi-même, c'est-à-dire pour le compte des travailleurs qui forment l'entreprise. Il peut recourir à la grève s'il le souhaite (15 jours de préavis), mais cela ne serait pas nécessaire. Ici, les travailleurs participent au conseil d'administration. L'entreprise leur appartient. Elle est la famille, une affaire de tous. A partir des capitaux investis dans l'entreprise, ils auront le sentiment que ceux-ci permettraient la mise en valeur des richesses nationales, et que la concentration des entreprises créerait une économie plus forte. L'argent ainsi gagné devrait, en partie du moins, être dépensé au bénéfice de la société. Exemple : telle entreprise a donné les sommes nécessaires pour ouvrir un hôpital, une école, des parcs, des terrains de jeux...
Le syndicat-maison éviterait aux ouvriers la dictature du Comité central, le paiement des cotisations qui enrichissent les uns. Et en aucun moment ces ouvriers ne se sentirons en position pour lutter contre le patronat puisqu'ils sont eux-mêmes patron de leurs entreprises.
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(1) Le journal Time accusait M. Scargill lors des grèves des mineurs en 1984 en Grande-Bretagne dêtre le symbole de la coercition syndicale.