La décision de 1981 d'abolir la peine de mort en France est historique : la France est le premier pays à inventer l'instrument du condamné à mort par la justice. Certains sont contres. Peuvent-ils avec exatitude répondre à la question : la peine de mort est-elle dissuasive ?
La réponse de James Autry avant son exécution est négative. "Si les autorités croient vraiment à l'effet dissasif de la peine capitale, elles devraient laisser le public voir les exécutions" (1)
Aux Etats-Unis plus de mille deux cents condamnés attendent dans les "allées de la mort". La Cour suprême s'en était inquiétée. En 1972, elle avait défini l'exécution capitale comme "une punition cruelle et inconstitionnelle", et en avait voté l'abolition par cinq voix contre quatre. Mais cela concernait les modalités d'application de la peine, et non du principe. Trente-cinq Etats remodelèrent alors leurs lois propres, de telle façon que la Cour suprême ne pût juridiquement, s'opposer à la remise en vigueur du châtiment suprême.
Si la Haute juridiction américaine est consciente que cela n'a aucun effet, malgré l'accroissement inquiétant de la criminalité, pourquoi la maintenir au Congo ? Là où les condamnés à mort ne sont ni plus ni moins, les opposants du régime ? Là où dans la plupart des cas la justice se borne à trancher les différends entre citoyens et obtient, pour le compte de tel ou tel d'entre-eux, simple réparation des préjudices subis ?
Il est vrai que l'homme par sa nature est violent. Le Congolais ne fait pas exception. Mais, il se trouve que la prévention qui commence dès la naissance par l'abondance des lois familiales, lui donne une vision du monde autre que celle qu'il peut avoir à travers un environnement dégradé. A la maturité, les vides sont comblés par des lois de la sagesse. Il obéit à la cellule familiale sans chercher à se poser de questions. Le refus entraîne l'isolement. Or l'homme africain, en particulier le congolais, ne vit qu'entouré de la solidarité familiale. Bien que cela soit une dépendance, elle est un élément préventif. Elle donne bonne conscience et maintient la délinquance à son niveau artisanal. Seul, dans les grandes villes où le chômage, la pauvreté frappe deux familles sur trois et malgré son taux insignifiant l'autorité judiciaire s'en prend aux délinquants au lieu de dénoncer les causes réelles. Elle les enferme dans des prisons censées redresser les coupables alors que ces prisons fabriquent les dangereux.
Il ne s'agit pas pour nous de demander à la justice d'être une chambre d'enregistrement, ni d'être un abattoir parce qu'on a lu Richelieu :. ".. Tout prince qui néglige l'usage de la force pour maintenir l'ordre public à l'intérieur des ses Etats est coupable devant Dieu. Si le roi, parmi ses sujets, laisse le fort opprimer le faible, s'il permet que des individus troublent l'ordre étatique, il succombera lui-même" (2), mais de trouver des sanctions propres à l'esprit bantou.
Quant à nous, nous n'avons pas de recettes miracles dans l'immédiat. Nous pensons que la privatisation, d'un Congolais reconnu coupable d'un délit par la justice au-dessus de tout soupçon, de son cadre familial, de son quartier qu'il aime tant pour une durée déterminée, est plus efficace que de le mettre en prison.
En l'envoyant dans une communauté agricole où il apprendra à aimer les choses de la vie, à respirer l'odeur de la terre nourricière, à admirer la réussite de ceux qui en font bonne usage, la sanction devient alors une prise de conscience.
Il n'y a pas un modèle parfait de politique pénale. Nous ne devons pas en copier. L'Afrique a ses difficultés mais n'en produit pas autant qu'en Occident.
Certains pays sont pour la réeducation, d'autres, les coupables sont enfermés à l'écart des "bons", alors qu'ils seront appelés à les cotoyer à la sortie sans pour autant bénéficier d'une véritable politique d'insertion. L'idée française d'introduire dans les prisons du transitor, de la pornogrphie et du parloir rapproché n'est pas mauvaise en soi, mais le problème reste entier. Le délinquant n'a pas participé à l'élaboration de cette politique. On crée en lui d'autres désirs qui le conduira très certainement de nouveau en prison.
Ici, nous plaidons pour l'indulgence, la bienveillance, pour une déviation première, un geste occasionnel. Nous sommes contre la peine de mort parce que les pays hautement industrialisés avec leurs cohortes de délaissés en ont décidé ainsi. Nous pensons que la justice devrait rechercher le choix en tenant compte de la personne coupable. Les sanctions tortures (certains pays Africains coupent une main) sont inadmissibles. Les travaux d'intérêt général ne manquent pas. Il appartiendrait aux juges d'en décider la durée. Celui-ci ne se considèrera pas comme un prisonnier, mais, comme quelqu'un qui fait un travail pénible sans être payé.
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(1) L'américain James Autry, alcoolique et drogué, âgé de 29 ans avait abattu trois personnes le 20 avril 1980 à l'Etat du Texas pour voler six boîtes de bière d'une valeur de 2,70 $