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CHAPITRE IV : L'ECONOMIE

Le Congo vit une période sombre de son histoire économique. Vivre aujourd'hui et demain est devenu un point d'interrogation pour des milleirs de familles. Avoir un emploi relève du miracle. Le chômage est incalculable. L'inflation avoisine le 200 % . La rentabilité des rares entreprises est faible. Pour certaines qui travaillent pour l'Etat, la situation est sans issue. Le non paiement des factures empêche l'utilisation de fonds de roulement. D'autre part, elles sont obligées de prendre en charge les services qui incombent à l'Etat et pour lesquels l'impôt est perçu. Exemple : les télécommunications, les routes, les ponts... "L'inefficacité de l'administration déclarait M. Mbemba Saolona, se double d'un aspect parasitaire qui la rend déplaisante et antipathique". (1)

Actuellement, aucun effort n'est en vue pour garantir un profit élevé. La crise est en même temps précapitaliste (crise de sous-production, en raison d'un développement insuffisant de la production, essentiellement agricole) et capitaliste (surproduction dans certains secteurs en raison de l'insuffisance de la demande solvable).

D'autre part, la dette extérieure représente des milliards de dollars. Depuis, 1976, elle a subi plus  de dix réaménagements. Aujourd'hui, le Congo s'endette pour payer les arriérrés. Situation sans issue. On ne voit pas comment le Congo s'en sortira. "La crise risque encore de s'aggraver. La dette extérieure en particulier pose de plus en plus de problème".

Sur le plan de salaires, ils sont les plus bas d'Afrique. La comparaison avec quelques pays d'Afrique révèle que le salaire minimum légal le plus élevé au Congo est de moitié inférieur à celui du Congo-Brazzaville, de la Mauritanie et du Cameroum ; il est plus de deux fois et demie inférieur à celui de la Tanzanie et du Sénégal, trois fois et demie inférieur à celui de la Côte d'Ivoire et quatre fois à celui du Gabon.

Un ancien patron Belge déclarait : "... Avec le salaire que je payais à un ouvrier agricole congolais en 1960, celui-ci pouvait se payer par jour 1 kg de riz, 1 kg de poisson et deux bouteilles de bière..." En fin d'année, il avait assez d'économies pour se payer un vélo ou offrir un ou deux pagnes à sa femme... Aujourd'hui, le même ouvrier doit dépenser deux jours de salaire pour pouvoir se payer une bouteille de bière..."

Devant cette situation les banques s'interrogent sur la politique à suivre à l'égard du Congo. Le Fonds Monetaire International a "gelé" le miliard accordé au Congo faute d'avoir rempli les conditions dont ce prêt est assorti.

En resumé, l'économie congolaise souffre de :

- l'instabilité des cours de matières premières
- la mévente qui se traduit par la diminution des rentrées en devises qui à son tour fait souffrir les industries (manque de matières premières, de pièces de rechange et de l'insuffisance des transferts pour expatriés) ;
-  le déficit de finances publiques s'est aggravé ;
- la fraude à l'exportation prive les finances nationales des rentrées de devise corres- pondantes ;
-  les plans agricoles successifs restent négatifs ;
- les divers réseaux de transport, voies navigables, routes, chemins de fer, sont malgré les capitaux de toutes origines consacrés à leurs rénovation, sont incapables d'assurer d'une façon durable le trafic import-export, situation qui a coupé le cordon ombilical entre les campagnes et les villes ;
- le pouvoir d'achat ne cesse de régresser ce qui ne permet plus aux consommateurs d'acheter en grandes quantités. Cet état de chose pénalise les rares industries d'où la montée du chômage et les fermetures de certaines entreprises.


L'EFFORT DANS LE PARTAGE DE RESPONSABILITE

Comme chacun sait, le développement d'un pays se juge à travers le statut de la femme. Dans certains pays comme les Etats-Unis, la femme se bat non seulement pour conserver son indépendance financière, ni montrer que sa place n'est pas seulement au foyer, mais pour prouver qu'elle est capable de suivre à la lettre la vieille tradition américaine et protestante. "Travailler dur, économiser, mettre son imagination et son bon sens au service de ses buts sont les qualités indispensables".

Partout où les peuples ont travaillé dur, le pays s'est construit. En France, le capitalisme naissant a imposé l'injuste condition à la classe ouvrière : obligé à se loger à plusieurs kilomètres du lieu de son travail, le travailleur parcourait à pied et travaillait des journées de quinze heures ou quinze heures et demie.

Dans certaines industries, la main-d'oeuvre féminine et enfantine moins chère et plus docile subissait le même traitement. "Ces pauvres filles appelées à  2 heures et demie, 3 heures du matin pour aller aux fabriques travaillent jusqu'à 19 heures du soir... Elles ont pour tout pour dîner 1 heure. Le reste du temps, elles sont debout devant leur banque, pour soigner leur ouvrage... A peine ont-elles 10 et 12 sous par jour, et encore elles doivent se nourrir là-dessus. Plusieurs jeunes personnes de Saint-Nazaire ont fini par prendre les jambes tordues dans ces longs travaux ; d'autres ont en ce moment des maux de poitrine". (2)

Les textes ne manquent pas. Ceux de Chartres nous indiquent que la durée de la journée de travail est commandée par la longueur du jour : "Plus longue en été (14 heures), plus courte en hiver (7 à 8 heures) ; la journée des mégissiers commence et finit avant le jour ; il faut, pour qu'ils aient le droit d'arrêter le travail, ou qu'on ne sache plus "distinguer un tournois d'un parisis".

L'avénément du darwinisme sociaux fut pour la classe ouvrière l'occassion de prendre conscience. "La lumière entre comme un torrent et tout fut clair". C'est à partir de cette doctrine que la lutte est devenue la base des rapports sociaux ; les forts triomphent, les faibles disparaissent ; la richesse récompence le vainqueur. "Personne ne peut changer cette loi naturelle, même en protégeant les droits des ouvriers ou en faisant intervenir le gouvernement dans les affaires ; la loi de l'offre et de la demande est la seule règle". (3)

Cette lutte permanente bénéficiant ainsi à la classe ouvrière des pays industrialisés, aura des prolongements dans les colonies. Au Congo, après que les Parlementaires Anglais accusèrent le roi des Belges Léopold II d'utiliser des méthodes de travail archaïque pour la récolte de caoutchouc, un certain milieu éleva des vives protestations. Les Congolais furent épargnés des durs travaux.

L'indépendance de 1960 n'a pas changé les habitudes. La conscience professionnelle fait cruellement défaut. On travaille quand on a envie. L'important, c'est de voir arriver la fin de la journée. Dans pareil cas, les critiques ne manquent pas. "Le vice favori des Africains est la paresse. Cette passion domine également leur corps et leur esprit. Le raisonnement est pour eux un travail, et le travail leur parait le plus grand de tous les maux".(4)

Aujourd'hui, l'avenir du Congo ne nous rassure point. Les données ont changé. Les investissements nouveaux se font rares. Peuple  endommagé, le Congo est aubord du précipice. Ce maudit cuivre a oublié la place de la femme dans l'effort national. Les décrets de 1968 du maréchal Mobutu ont fait de quelques-unes la phase cachée de l'Iceberg. Elles sont devenues Maires, Ministres,... Combien sont-elles sans droit, sans protection sociale et sans ressources ?

La démocratie nouvelle cherche à bâtir une société neuve, qui ne regardera point vers le ciel.. Celle-ci ne devrait avoir aucune considération pour les  traditions.

Ici, le lecteur ne peut trouver que des idées générales. Non seulement parce qu'elles nous dispensent d'étudier les cas particuliers ou de passer outre, nous pensons aussi engager un large débat : la démocratie nouvelle n'est qu'un outil de programmation.




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(1) Discours prononcé par M. Mbemba Saolona, président de l'Association Nationale des Entrepreneurs du Zaïre, kinshasa, 27 janvier 1982
(2) Cité par Pierre Léon, De la naissance de la grande industrie en Dauphine, Paris
(3) Dénis Artaux, André Kaspi, Histoire des Etats-Unis Ed. Armand Colin, Collection U, Paris 1969, p.117
(4) Collection de voyages en Afrique par M. Walckenaer, T.XVII, p.296

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