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L'EMPLOI FEMININ

On ne saurait parler de l'émancipation de la femme sans division de travail. Au Congo, certaines professions font encore objet du monopole masculin. Nombreux sont les dactylographes, les comis... Les secrétaires hommes ne se comptent plus. D'autres emplois moins pénibles échappent également à la main-d'oeuvre féminine.

Le temps est venu de mettre en place un système de partage de responsabilité. La femme est mieux adaptée au bureau que dans un chantier ouvert. Ici, il ne s'agit plus de simples besognes, mais de grands travaux.

Ce partage n'est pas arbitraire, il entre dans la réalité confirmée par le taux d'absentéïsme plus important chez les femmes que celui des hommes. C'est pourquoi, non seulement il est souhaitable mais devient nécessaire dans cette lutte contre la nature.

Pour que la femme congolaise participe pleinement à l'effort du pays pendant que l'homme s'occupe de grands travaux, construit des autoroutes, symbole de puissance, de fierté nationale, il faudrait lui trouver des emplois de responsabilités. L'expérience des congolaises parachutistes nous fait croire qu'elles sont capables d'assurer la sécurité publique. Même si nous ne prenons pas l'exemple de la congolaise gendarme, nous pensons que la police communale rétablira l'ordre et la confiance. Jusqu'ici le désordre dans les grandes villes est l'oeuvre de la gendarmerie, police.

Avec la police new look, la corruption généralisée qui échappe à la peine trouverait alors sa solution. Ici, il ne saurait être question d'une police provinciale, mais communale. Chaque commune aurait sa propre police entièrement féminine.

En déhors de la police, le chauffeur de taxi, de transport en commun en zone courte ne saurait être masculin. La femme est apte à faire ce travail. Elle respecte mieux les codes de la route, par conséquant, fait moins d'accidents. L'expérience américaine est intéressante. Les bus scolaires sont conduits par des jeunes de 18 ans. Le succès est total.

D'autres professions peuvent être féminisées. Exemple : l'enseignement, de la maternelle jusqu'en quatrième primaire. Le service d'accueil et vente, le textile...

D'une façon progressive après formation, il faudrait installer solidement la congolaise dans le secteur tertiaire.

Il est vrai que ce projet féministe peut être mal compris ou mal interpréter. Nous ne devons pas prêter notre attention à des préjugés. La crise profonde de 1973 à nos jours a opéré un changement irréversible chez la congolaise. Elle est plus libre, plus entreprenante qu'elle ne l'était. La démocratie nouvelle ne l'empêche pas de s'orienter dans toutes directions, mais elle lui réserve le monopole des professions citées ci-dessus.


L'AMENAGEMENT DU TEMPS DE TRAVAIL

L'image des Africains se résume à peu de chose : la paresse. La publicité de la télévision française ne s'y est pas trompée. En montrant un africain fatigué en train de tirer la langue en tenant à la main une bouteille de citron, le tout, sur un fond de négation : "Il fait trop chaud pour travailler", elle touche le vrai problème de productivité en Afrique. Il reste à savoir si la paresse est l'apanache des Africains. ou des Congolais en particulier ?

L'été 1976 en Europe prouve le contraire. A plus de 35° à l'ombre, les Français ont ralenti la cadence. Peu d'entre-eux avaient envie de travailler. Ai Congo-Kinshasa écrit A.Duren, Docteur en médecine, les Européens font moins d'efforts physiques que dans  régions tempérées... Le système nerveux est fatiguer plus aisément, et il réagit à cette fatigue, soit par une susceptibilité exagérée (irritabilité), soit par un certain degré de dépression". (1)

Ce qui est sûr et certain, c'est que les congolais ne manquent pas de courage. L'effort de guerre (1940-1945) le confirme. Bien qu'on signalât quelques mouvements de révolte après que l'administration coloniale eut décidé en 1942 d'élever la durée du travail obligatoire aux champs à 120 jours. Les Congolais montrèrent au monde libre ce qu'ils savaient faire. "Chaque fois que les circonstances permettaient la création d'une industrie dont l'activité soulagerait celle des USA, il était meilleur que les marchandises qu'elles permettaient de produire".

Aujourd'hui, les Congolais paraissent limités, les causes en sont ; bas salaire, manque de cantines, d'entreprises,fatigue liée au trajet (plus de 12 kilomètres à pied par jour pour se rendre au travail), horaires inadaptés aux conditions climatiques. Autant dire, ces horaires furent instaurés par les Colons  ignorant la vie des chantiers ouverts, des ateliers surchauffés. Dans le contexte actuel, nous ne voyons pas pourquoi les conserver ? Le pays chevauche l'Equateur. La partie centrale est donc dotée d'un climat typiquement équatorial, avec des pluies abondantes (plus de 1500 mm par an) reparties faiblement autour de 26° C. Au nord et au sud, une saison sèche apparaît et croît en durée et en rigueur avec la latitude. Dans la plus grande partie du pays, elle ne dépasse pas trois mois d'affilée.

A Kinshasa comme au Bas-Congo, elle peut atteindre cinq mois (de juin à octobre). Dans l'extrême sud de Lubumbashi, elle dure sept mois.

Vu les conditions climatiques de l'ensemble du pays, si nous voulons produire plus, il faudrait s'y prendre autrement. La France en instituant l'heure d'été a montré le chemin. Les bénéfices (plus d'un million de francs chaque année) qu'elle en tire rien qu'en avançant d'une heure l'aiguille de la montre, sont appréciables. L'expérience montre que les ouvriers congolais sont atteints par la fatigue aux alentours de 14 heures. Les boissons rafraîchissantes qui dans pareil cas devraient obligatoirement être distribuées font défaut. Comment envisager le développement quand les conditions de travail diminuent l'effort physique ?

Pour produire davantage, il faudrait changer le temps de travail.
- d'abord, avancer définitivement l'aiguille d'une heure, c'est-à-dire, le Congo serait en avance d'une heure par rapport à tous les pays du continent et d'Europe ;
- secundo, envisager la semaine de 45 heures.

Agir autrement nous parait difficile. Ceux qui y voient un recul par rapport aux 35 heures ignorent comment sont bâtis les pays donateurs. Ils doivent savoir qu'en 1900 des centaines de milliers d'enfants américains de moins de seize ans étaient employés dans les usines, en particulier dans les textiles du sud du pays. Dans l'ensemble du pays, les journées étaient interminable, les emplois de nuit fréquents, les salaires misérables. Résultat : aujourd'hui, l'Amérique domine le monde. Les souffrances d'autrefois ont laissé place à la jouissance.

Les Japonais n'ont pas fait autrement. On les accuse d'être des bêtes du travail. Nombreux sont ceux qui pensent que le miracle japonais réside uniquement dans l'effort, la ténacité et la persévérance.

Côté Chine, il n'y a pas si longtemps, on la donnait perdante. C'est en travaillant dûr qu'elle a prouvé le contraire. Et pourtant, le pays est le plus peuplé du monde (plus d'un milliard d'habitants).

La logique incite à ne pas prendre en compte tous les acquis sociaux des autres pays. Ils ont fait des sacrifices avant d'en arriver là. La voie de facilité que nous avons choisi, nous a donné des envie. L'an 2020 ne saurait être porteur d'espoir que si nous devenions des héros du travail.





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(1) Encyclopédie du Congo-Belge, T.III, p.54

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